Comment votre collaboration est-elle née ?
Julien Lubek : Nous nous sommes rencontrés durant notre formation auprès du mime Marceau. Nous avons continué à étudier ensemble le théâtre, le clown, la magie et l’acrobatie. Ce parcours nous a permis de créer un langage commun. Nous avons ensuite travaillé pour d’autres artistes sur de grosses productions, comme chorégraphes pour le Bourgeois Gentilhomme de Benjamin Lazar en 2004. Ce spectacle a été créé au théâtre des Champs-Élysées, avant une tournée dans plusieurs capitales européennes.
Pour quelles raisons avez-vous fondé “Les Âmes nocturnes” ?
Cécile Roussat : Travailler sur de grands spectacles s’est avéré très formateur pour les jeunes artistes que nous étions. Mais nous avions aussi quelque chose de plus personnel à exprimer, en lien avec notre premier langage, le mime, ainsi qu’avec le clown, une recherche plus personnelle sur la fragilité de nos êtres. C’est pourquoi que nous avons créé notre compagnie. Notre duo de personnages fantasques, maladroits et super héros évolue dans un monde à la fois réaliste et absurde. Nos spectacles partent du principe que la magie est partout, mais qu’elle est seulement visible à ceux qui prennent le temps de regarder.
Quelles disciplines mettez-vous en scène ?
Cécile Roussat : La magie, l’acrobatie et le mime, même si notre objectif n’est absolument pas d’impressionner. Nous voulons être dans une parfaite maîtrise, afin que la scène soit un espace de liberté où l’on entraîne le public dans un imaginaire, pour lui transmettre une émotion.
Julien Lubeck : Nos inspirations viennent de la peinture surréaliste, de la bande dessinée et de nombreux autres arts. Mais nous veillons à ce que nos spectacles restent accessibles au plus grand nombre, que ce soit un enfant de 6 ans ou une personne dépourvue de toutes ces références.
Quel regard portez-vous sur l’accessibilité à la culture ?
Julien Lubek : C’est une question importante pour nous. D’ailleurs, nous l’expérimentons même à l’opéra, où nous faisons de la mise en scène depuis une dizaine d’années. Nous ne nous plaçons pas au-dessus du spectateur, mais au-dessous, afin qu’il puisse s’identifier.
Cécile Roussat : C’est la même démarche qui nous a animés pour Au bonheur des Vivants, que nous allons interpréter à Vaux-le-Pénil. Nous sommes très heureux de jouer dans une petite salle, avec un public de proximité. Cela nous permet d’installer une vraie intimité.
Propos recueillis par Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)
Comment avez-vous commencé à rapper ?
J’ai toujours été un inconditionnel du rap français : j’écoutais et je lisais tout. J’ai débuté à 14 ans avec des copains, puis en solo. Quatre ans après, j’ai sorti Une nuit blanche, des idées noires, puis Mon prisme l’année suivante, que je diffusais gratuitement sur Internet. En 2012, l’un de mes clips a fait 100 000 vues. C’était énorme à l’époque. C’est ainsi que je me suis lancé. J’ai été repéré par des distributeurs. Ont suivi les albums Bleu Noir,Héra, XX5 puis Sacré.
Quelles sont vos influences ?
Il m’est difficile de vous répondre, car tout m’intéresse, que ce soit la phrase prononcée par un proche ou la ligne de synthé d’un morceau de rock. Je suis une véritable éponge. À mes débuts, j’étais très influencé par des rappeurs comme Lino, du groupe Ärsenik, Nakk Mendosa de Street Minimum ou encore Hugo du TSR Crew. Leur manière d’écrire, très imagée, et leur technique de rimes m’ont inspiré. Puis, petit à petit, on forge sa propre identité.
La littérature est aussi une source d’inspiration. À la lecture de La Vie devant soi de Romain Gary, j’ai retrouvé ce que j’aimais dans le rap.
Dans Sacré, comme dans vos autres albums, l’amour occupe une place centrale…
C’est vrai. J’ai mis plusieurs années pour en écrire les chansons. J’y ai encore travaillé au cours du premier confinement où je pensais à tout ce que j’aimais et dont nous étions parfois privés. Sacré parle d’amour intime, fraternel, familial. J’évoque aussi ma passion pour la musique ou pour la liberté. Il n’y a pas de fiction dans ce que j’écris. Je parle aussi des moments plus difficiles.
Pourquoi avez-vous associé d’autres rappeurs à cet album ?
J’éprouvais une réelle envie de retrouver certains artistes, dont S. Pri Noir avec qui j’ai travaillé sur un projet autour du rap et de la poésie il y a quelques années, mais nous n’avions jamais chanté ensemble. Il y a aussi Sanka, un ami de longue date avec qui je me suis souvent produit sur scène, et Kalash Criminel. C’est une manière de pouvoir échanger et partager avec d’autres rappeurs.
Ce sera le cas aussi lors du concert des Amplifiés où le rappeur Dajak et le jeune MPablo, “coup de cœur” des collégiens au Tremplin#77, seront en première partie…
Oui ! C’est toute la magie des concerts et de la vie en tournée. C’est entreprendre des choses avec d’autres artistes et se nourrir de rencontres enrichissantes.
Propos recueillis par Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)
Charge mentale
Né dans les années 80 et découvert par le grand public avec la bande dessinée « Fallait demander » signée Emma, le concept de charge mentale est associé à l’organisation de tout ce qui se situe dans la sphère domestique (tâches ménagères, rendez-vous, achats, soins aux enfants, etc.). La chercheuse québécoise Nicole Brais en donne une définition plus précise :
Il s’agit, dit-elle, du travail constant et incontournable de gestion, d’organisation et de planification de la bonne marche de la maison et qui a pour objectif la satisfaction des besoins de chacun.
Cette charge porte, le plus souvent, sur les femmes, avec au moins un enfant, et exerçant elles aussi une activité professionnelle comme leur compagnon.
La faute des femmes ?
La comédie américaine Bad Moms (2016) met ainsi en lumière ces mères parfaites, toujours présentes pour leurs enfants et leur conjoint. Voulant se soustraire à leur condition, trois d’entre elles décident de ne plus remplir le rôle qui leur incombe, de profiter de la vie et de prendre du bon temps. Comme des adolescentes. Dans le second opus, Bad Moms 2 (2017), ce sont les mères des trois héroïnes qui décident de s’inviter aux fêtes de fin d’année, en se montrant aussi exigeantes que critiques.
Dans Before Midnight (2013), dix ans de vie conjugale et parentale ont fini par user le couple formé par Ethan Hawke et Julie Delpy. La mère n’est-elle pas seule à assumer des sacrifices pour que la famille fonctionne correctement ? » J’ai l’impression que tu respires de l’hélium et je respire de l’oxygène « , confie Julie Delpy à son mari, résumant ainsi l’ambivalence qui sépare hommes et femmes.
Vidée par la maternité
Des réalisateurs se sont également emparés du sujet, avec des films plus sombres. Dans Tully (2018), Marlo va devenir maman pour la troisième fois. Épuisée et blasée, à peine épaulée par son mari, elle n’arrive plus à remonter la pente jusqu’à ce qu’une nounou vienne à son secours. La Vie domestique (2013) embrasse les conséquences professionnelles mais aussi profondément psychologiques de la charge mentale : l’épouse incarnée par Emmanuelle Devos a perdu ses ambitions comme si la maternité l’avait vidée d’elle-même. Et quand la domination sociale vient s’ajouter à la charge mentale ? Dans Chanson douce (2019), adapté du roman de Leila Slimani, une mère essaye de reconquérir sa vie d’avant en enrôlant une nounou, elle-même usée et humiliée par une existence passée à s’occuper des enfants des autres.
Une pièce emblématique
Molière 2020 de la meilleure comédie, La Vie trépidante de Brigitte Tornade, adaptée d’une fiction radiophonique, est une illustration implacable de la charge mentale. Entre son travail, ses enfants et les tâches ménagères, Brigitte passe son temps à courir sans l’ombre d’une respiration. » Avoir une double vie ? Je ne suis même pas sûre d’en avoir une à moi déjà ! « . Ou comment le rire aide à prendre conscience de l’urgence d’un changement. Cette pièce sera à l’affiche le 23 novembre au Mée-sur-Seine. À savourer seul.e ou en couple !
Claire Teysserre-Orion (TOUTécrit)
Georges Brassens
Nous sommes en 1954 et Georges Brassens monte sur scène depuis trois ans. S’il ne s’y sent pas à l’aise, il y rencontre malgré tout quelques succès dont Chanson pour l’Auvergnat. Il y évoque Marcel Planche et Jeanne Le Bonnier, un couple résident dans une modeste maison du 14e arrondissement de Paris, où l’interprète trouva refuge en 1944, pour fuir le STO (Service de Travail Obligatoire sous l’occupation allemande).
Au-delà de ses références autobiographiques, ce morceau écrit comme une fable dénonce le décalage entre les bonnes intentions bourgeoises et la réalité sociale : Les croquantes et les croquants / Tous les gens bien intentionnés / S’amusaient à me voir jeûner. Seuls les individus, de l’Auvergnat à l’Étranger, sont capables de bonté. On y décèle aussi l’individualisme politique de Brassens, convaincu que les institutions sociales oppriment l’individu. Politiquement, il se définit volontiers comme un anarchiste et un libertaire.
Se sacrifier pour une idée…
Il l’assumera, encore plus fortement, dans un autre de ses textes, Mourir pour des idées (1972), l’une de ses rares chansons ouvertement politiques. Brassens s’oppose à ce qu’une croyance, religieuse ou politique, guide sa vie. On y devine le prolongement de son antimilitariste Les deux Oncles (1964), qui ne manqua pas de provoquer la polémique. Le poète y évoque les camps allemands et américains durant la Seconde Guerre mondiale : L’un aimait les Tommies, l’autre aimait les Teutons / Chacun, pour ses amis, tous les deux ils sont morts / Moi, qui n’aimais personne, eh bien ! je vis encor.
Aucune idée ne mériterait donc qu’on se sacrifiât pour elle. Loin de les mettre toutes à égalité, il suggère : Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente.
… ou jouir des plaisirs de la vie ?
Georges Brassens est aussi un épicurien, amateur de plaisirs simples. Il repousse ainsi la crainte irrationnelle de souffrances inévitables, au premier rang desquelles la mort. Supplique pour être enterré sur la plage de Sète est la chanson qui incarne sans doute le mieux ses joies simples. S’il souhaite reposer à Sète, sa ville natale, c’est en souvenir des plaisirs qu’il y a rencontré : la sexualité (Et c’est là que jadis à quinze ans révolus / À l’âge où s’amuser tout seul ne suffit plus / Je connus la prime amourette / Auprès d’une sirène, une femme-poisson), la beauté du paysage (Cette tombe en sandwich entre le ciel et l’eau / Ne donnera pas une ombre triste au tableau / Mais un charme indéfinissable) ou encore l’amitié quand il évoque “les bons amis”. Si le poète s’imagine certes mort, il l’est en » un éternel estivant « .
Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)
Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours de musicien ?
J’ai suivi une formation classique au conservatoire, d’abord à Blois puis à Boulogne-Billancourt. J’y ai appris le saxophone, mais je joue d’autres instruments comme le piano. Avant de concrétiser des envies plus personnelles, j’ai participé à plusieurs expériences en tant que sideman, c’est-à-dire que je me produis avec d’autres, mais sans être à l’initiative du projet. Je tourne, par exemple, depuis une dizaine d’années avec un groupe de funk, le « Tentet au Carré ». Nous sommes une douzaine sur scène. Autant dire que c’est plutôt exigeant d’organiser et de financer des concerts qui réunissent autant de professionnels. Nous avons tout de même effectué de nombreuses tournées en Italie notamment, ainsi que dans des clubs parisiens. Puis, l’envie d’être à l’initiative de mon propre projet est devenue évidente.
Comment est né ce projet et sur quelles influences l’avez-vous construit ?
Yham 4T est né en 2017 de l’envie de composer et de faire du jazz. Pour cela, je me suis entouré de trois musiciens qui viennent tous de Seine-et-Marne ou du sud de la région parisienne : le guitariste Jérôme Picard, également compositeur, le contrebassiste Philippe Monge et le batteur Ken Parassouramin. Quant à moi, je joue du saxophone ténor. Nous avons puisé nos inspirations dans le jazz actuel, auprès d’artistes contemporains comme l’Anglais Dave Holland ou le guitariste américain John Scofield, qui sont des références. Il y a aussi la musique classique, essentielle ! Je pense à Bach ou Ravel notamment. Sans oublier la pop avec des références telles Sting et Stevie Wonder, que j’écoute beaucoup. J’accorde une place prépondérante au rythme, car je veux que le public puisse chanter et même mémoriser les mélodies.
Vous êtes également professeur de musique. Que vous apporte cette activité ?
Oui, j’enseigne dans trois conservatoires du territoire, à Melun, Vaux-le-Pénil et Le Mée-sur-Seine. À mes yeux, professeur et instrumentiste sont deux activités essentielles et complémentaires. Elles créent une synergie, car il serait difficile de ne faire qu’enseigner si je ne pouvais pas m’épanouir sur scène. C’est très agréable et très intense, mais je tiens aussi à la transmission pédagogique de ma discipline.
Quelle est l’actualité de Yham 4Tet ?
Nous avons sorti un premier album en septembre 2019, ”Le Premier Cercle”, où il était question de la famille, des amis. C’est avec cet opus que nous avons tourné dernièrement. Actuellement, nous travaillons sur un deuxième album, qui évoquera notamment le voyage. Nous aurons l’opportunité de présenter quelques-uns de ces morceaux lors de notre concert à Melun, le 20 novembre prochain.
1. Quelle radio a-t-elle particulièrement popularisé le rap en France ?
- a) Europe 1, dont la programmation a toujours été très musicale
- b) Radio Nova, qui diffuse des morceaux émanant de nouveaux styles artistiques
- c) RMC, dont le sigle signifie “Radio Musiques Contemporaines”
2. Dans quelle ville Akhenaton, Kheops et Shurik’n ont-ils formé le groupe IAM en 1988 ?
- a) Paris, car la capitale compte de nombreuses scènes ouvertes
- b) Toulouse où la radio associative FMR propose depuis 1981 une programmation ouverte sur les musiques actuelles
- c) Marseille, qui a guidé le nom du groupe IAM (Indépendantistes Autonomes Marseillais)
3. Quel rappeur reconnu pour son écriture poétique connaît un succès immédiat avec son premier album, Qui sème le vent récolte le tempo ?
- a) JoeyStarr, connu pour ses textes virulents et son hostilité envers la police
- b) Oxmo Puccino, surnommé “Black Jacques Brel”
- c) MC Solaar, auteur du premier grand tube du hip-hop français, Bouge de là
4. Dans quel groupe de rap né dans les quartiers nord de Marseille, le chanteur Soprano a-t-il débuté au milieu des années 90 ?
- a) Assassin, opposant au système médiatique et politique
- b) Psy 4 de la Rime, composé de quatre amis d’enfance dont trois cousins originaires des Comores
- c) La Fonky Family dont le premier album, Si Dieu veut…, devient rapidement double disque d’or
5. Quel rappeur originaire d’Aulnay-sous-Bois est surnommé “Le duc de Boulogne” ?
- a) Kenny Arkana
- b) Booba
- c) Kaaris
6. Quelle rappeuse française innove en s’adressant spécifiquement aux femmes, avec des titres tels que DJ (disque de platine) ou La Boulette (disque d’or) ?
- a) Diam’s, qui remporte une Victoire de la musique en 2004
- b) Vitaa, connue pour sa participation au titre Confessions nocturnes
- c) Casey dont le premier groupe est baptisé “Special Homicide”
7. De quel rappeur la chanteuse Angèle est-elle la sœur ?
- a) Lomepal
- b) Nekfeu
- c) Roméo Elvis
8. Quel groupe, formé de deux frères, a tourné un clip sur la Tour Eiffel en 2019, visionné 141 millions de fois, pour la chanson Au DD ?
- a) PNL, originaire de la Cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes
- b) Bigflo et Oli, qui ont grandi dans le quartier des Minimes à Toulouse
- c) HIBA, un groupe strasbourgeois
9. Quel rappeur issu de la jeune génération a sorti l’album Hera, en 2016, grâce à un financement participatif ?
- a) Damso, repéré par Booba
- b) Lorenzo, dit “L’Empereur du sale”
- c) Georgio, qui a bâti sa réputation sur Internet
10. Dans quelle série française, Hatik incarne-t-il un jeune rappeur talentueux qui essaye de percer ?
- a) Le Bureau des légendes
- b) Validé
- c) Plus belle la vie
Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)
Georgio sera en concert dans le cadre des Amplifiés, le 20 novembre à 19h à l’Escale de Melun
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