Mourad Merzouki
Né en 1973 à Saint-Priest, près de Lyon, Mourad Merzouki s’initie très jeune aux arts martiaux et étudie à l’école du cirque. Mais c’est la découverte du hip hop, au crépuscule des années 80, qui va changer sa vie. Après s’être lancé dans la pratique de la danse, puis avoir effectué des stages auprès de grands professionnels, il crée sa compagnie, afin de développer son propre univers artistique. Il la baptisera Käfig, qui signifie “la cage” en arabe et en allemand.
Mêlant passion, énergie et créativité, il multiplie alors les collaborations, notamment avec la danseuse Josette Baïz ou les chorégraphes Bintou Dembélé et Kader Attou, et enchaîne les créations, parmi lesquelles Käfig (1996), Pas à Pas (1999), Mekech Mouchkin (2003), Terrain Vague (2006), Pixel (2014), Vertikal (2018) ou Zéphyr (2021).
En 2006, son travail est récompensé par le Prix SACD du nouveau talent chorégraphique. Trois ans plus tard, en 2009, Mourad Merzouki prend la direction du Centre chorégraphique national de Créteil Val-de-Marne (CCN), où il succède à Dominique Hervieu et José Montalvo. Et c’est en 2013 qu’il crée le Festival Kalypso qui, depuis 10 ans, permet d’accueillir des compagnies hip-hop sur les scènes d’Île-de-France.
Dans le berceau du hip-hop
Depuis le lancement de sa compagnie, Mourad Merzouki n’a cessé de jeter des ponts entre le hip hop et d’autres disciplines artistiques, comme le cirque, la danse contemporaine, la musique classique, les arts martiaux ou les arts plastiques. Porté par l’envie d’enrichir le langage chorégraphique du hip hop, il ambitionne ainsi d’ouvrir de nouveaux horizons artistiques, sans gommer les racines ni les origines de ce style musical. Une philosophie qu’il assume et qui préside à ses choix artistiques. C’est l’essence du projet “La danse, une fenêtre sur le monde” qu’il a engagé lors de sa prise de fonction au Centre chorégraphique national de Créteil Val-de-Marne.
Tissant patiemment des liens entre le CCN et les Cristoliens, quelles que soient leurs cultures, il souhaite donner à voir et à comprendre les nouvelles pratiques urbaines. Ainsi, Mourad Merzouki n’a pas seulement monté ses propres spectacles, il a également engagé un travail de formation et de sensibilisation au hip hop, en ouvrant ses espaces à des compagnies indépendantes et en initiant des rencontres originales.
À la confluence des cultures artistiques
C’est dans cet esprit qu’est né Kalypso, qui permet à des danseurs de se produire partout en Île-de-France. Pour sa dixième édition, du 5 novembre au 16 décembre dans la région, le festival vous embarque pour un voyage dans l’univers du hip hop, avec une cinquantaine de compagnies dans 26 villes franciliennes.
Le public se laissera porter par l’envol de troupes émergentes qui portent en elles les idéaux de toute une génération, affirme Mourad Merzouki. Développant des possibilités d’expressions artistiques multiples, Kalypso permet à cette jeunesse d’investir un espace de performances et d’audaces, en construisant une passerelle entre culture populaire et institutions dites plus savantes.
Le saviez-vous ?
La ville de Melun s’associe au festival en proposant 2 spectacles : Matt et moi, où deux artistes rendent hommage au chorégraphe américain Matt Mattox, sur fond de culture jazz (17 novembre) et Sur le fil, avec six danseurs hip hop qui présentent leur nouveau show mêlant burlesque et poésie (2 décembre).
Par Virginie Champion (TOUTécrit)
Soul music
« Ray était un génie. Il a converti le monde à la musique soul », disait Bobby Womack, chanteur de Cleveland, disparu en 2014.
Dès 1958, puis en 1961, on retrouve ce nouveau genre musical dans deux albums de Ray Charles, Soul Brothers et Soul Meeting. C’est lui qui, pour la première fois, mêlera le gospel, qui était chanté dans les églises par les fidèles afro-américains chrétiens évangéliques, et le rhythm and blues, qui a émergé aux États-Unis dans les années 1940.
Gospel, RnB ou soul sont ainsi à l’origine des musiques contestataires, indissociables de la lutte contre la ségrégation. Mêlant l’émotion du sacré à des thèmes profanes, libertaires, sociaux ou sexuels, la soul ne se serait sans doute pas développée sans la volonté de promouvoir la musique noire auprès du public blanc. Dès la fin des années 50, deux labels s’attachent à ce marché naissant : Stax, près de Memphis, et Tamla Motown, à Detroit, qui sera d’ailleurs le premier label fondé et dirigé par un noir américain, Berry Gordy. Ils seront les premiers à lancer des artistes de soul.
Indémodable
Nous sommes dans les années 60. La soul connaît son apogée avec des artistes comme Aretha Franklin (The Queen of Soul), Otis Redding, Wilson Pickett, Percy Sledge, Little Richard, James Brown ou Solomon Burke. Ils seront les interprètes de titres emblématiques, comme Georgia On My Mind (Ray Charles), When a Man Loves a Woman (Percy Sledge), It’s a Man’s World (James Brown), Stand By Me (Ben E. King), I Heard It Through the Grapevine (Marvin Gaye), Sitting On The Dock of The Bay (Otis Redding) ou encore I Say a Little Prayer (Aretha Franklin).
Le mouvement commence alors à se scinder, donnant naissance à des sous-genres, tels la soul blues, la country soul ou la soul jazz, témoignages de sa richesse, de sa vitalité et de sa capacité d’adaptation. C’est ainsi que naît le funk, avec des musiciens commeStevie Wonder, Earth Wind & Fire et Kool and the Gang. Par la suite, au milieu des seventies, le genre perd de sa vigueur, supplanté par le disco. Mais des artistes, tels Prince ou Michael Jackson, en renouvelleront les codes. Aujourd’hui encore, cet esprit soul continue d’irriguer la production musicale contemporaine, avec le rap ou le hip-hop.
Les grands standards revisités par Moka Woods
Né de la rencontre entre le Well Quartet et la chanteuse Elise Sperandio, le groupe Moka Woods revisite les morceaux inoubliables de la musique soul avec une voix magnifique, un chœur envoûtant et un quatuor à cordes qui allie tradition et modernité. Profitez-en, ils se produiront le 8 octobre à 20h30 à l’Espace Les 26 Couleurs à Saint-Fargeau Ponthierry.
Molière
Dans ses pièces, il explore et décortique les tréfonds de la nature humaine pour mieux nous faire rire de nous-mêmes. Avarice, passion, imposture, orgueil… Autant de sentiments universels qui traversent les siècles, sans prendre une ride.
A la recherche de la vérité
« Qu’est-ce donc, chez Molière, qui a pu résister aux habitudes de dénigrement et aux lois du vieillissement ? » s’interrogeait Pierre Dux, l’illustre pensionnaire puis administrateur de la Comédie Française.
A cette question, il apportait lui-même la réponse :
« D’abord la vérité, qui fut sa recherche constante et qui chez lui se manifeste en tout : thème de la pièce, déroulement de l’action et humanité profonde des personnages, qui assure l’universalité de leurs caractères »
Par son approche du théâtre, le dramaturge instaure des affrontements entre les personnages et distille des moments profondément pathétiques. Il élargit le domaine de la comédie en proposant une peinture d’une société et de ses travers. En effet, dans chacune de ses pièces, le traitement de la psychologie des personnages se double d’une satire des mœurs qui fustige tantôt l’attitude intéressée d’une noblesse ruinée, tantôt la suffisance des beaux-esprits, tantôt encore le matérialisme borné de certains bourgeois…

Rire de tout
Dom Juan, Tartuffe, l’Avare, le Misanthrope, Sganarelle… Les personnages de Molière incarnent à la fois un trait de caractère et une critique de la société tout en provoquant le rire. Ainsi, le personnage de Dom Juan tourne la religion en dérision et va jusqu’à rire de la mort. Les pièces de théâtre deviennent à la fois un outil de divertissement et une manière de dénoncer les comportements humains. Tout au long de son œuvre, Molière défie l’esprit de sérieux par la bouffonnerie et la satire, fidèle à la mission qu’il définissait lui-même dans La Critique de l’École des femmes : « C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens ».
Accessibles à tous les publics, les œuvres de Molière prouvent à quel point le rire peut devenir un outil de dénonciation et de réflexion. Un constat que nombre d’humoristes, de cinéastes, d’écrivains se sont appropriés à leur tour pour mettre à mal, chacun à leur manière, les travers de nos comportements et les affres de la société moderne.
A l’occasion des 400 ans de la naissance de Molière, fêtés en 2022, les communes de Melun Val de Seine proposent plusieurs représentations des œuvres de cet auteur jusqu’à la fin de l’année.
Rendez-vous dès le 18 juin
Rire, c’est encore mieux en famille ou avec des amis. Alors rions ensemble en compagnie de nos acteurs préférés, devant de franches comédies grand public, un genre très prisé par le cinéma français. Laure Calamy est hilarante dans Antoinette dans les Cévennes où elle poursuit son amant parti en vacances avec sa femme et se laisse embarquer dans une randonnée avec un âne très peu coopératif. Dans Ibiza, retrouvez un Christian Clavier en pleine forme ! Pour faire plaisir à sa nouvelle compagne et à ses deux fils adolescents, il les emmène à Ibiza en pleine saison touristique. Plutôt habitué au calme et à la solitude de sa vieille bâtisse en Baie de Somme, il va vivre le choc des générations !
Dix ans après leur épique randonnée sur le GR20 en Corse, emboîtez le pas du quatuor de choc formé par Karin Viard, Géraldine Pailhas, Benoît Poelvoorde et Vincent Elbaz dans Les Randonneurs à Saint-Tropez. Bien sûr, les vacances ne seraient pas totalement réussies sans un petit tour au Camping, en compagnie de Franck Dubosc (alias Patrick Chirac), Gérard Lanvin, Mathilde Seigner, Claude Brasseur et toute la bande du camping des Flots bleus. Et pour les plus jeunes, il y a toujours l’option colonie de vacances, avec Jean-Paul Rouve et Omar Sy. Dans Nos jours heureux, ils assurent vraiment… enfin presque.
Plus exotique, Baby Sitting 2 nous entraîne au Brésil où un séjour de rêve se transforme en cauchemar absolu pour notre plus grand plaisir. Mais finalement, rien ne vaut la Bretagne, surtout en 1976, qui fuit une année très chaude. Dans un petit village, se retrouvent par le plus incongru des hasards Juifs pieds-noirs, Bretons catholiques, Parisiens et provinciaux qui pourront (peut-être) dire : c’étaient Nos plus belles vacances.
Des films pour le jeune public
Les enfants ne sont pas oubliés ! Dans Boule et Bill 2, les personnages des albums de la bande dessinée prennent vie sur le grand écran, multipliant gags, bêtises et idées saugrenues. Et question bêtises, le petit Nicolas et sa bande de copains s’en donnent à cœur-joie dans Les Vacances du Petit Nicolas. Enfin, avec Hôtel Transylvanie 3, retrouvez les monstres des épisodes précédents qui, cette fois, embarquent pour une croisière… un tantinet spéciale.
Un grand classique
La Gloire de mon père, épopée provençale de Marcel Pagnol, a été adaptée pour le cinéma en 1990 par Yves Robert. Et, qui mieux que le génial Philippe Caubère pouvait incarner ce père grand chasseur devant l’éternel, qui fera découvrir à son citadin de fils les merveilles de la nature ?
La famille made in USA
Pour reconstruire et ressouder une famille au bord de la crise de nerfs, Robin Williams décide unilatéralement d’emmener tout le monde en vacances… et en Camping Car. Rencontres inopportunes, ado grincheux, catastrophes en tous genres… Vous allez vivre, de l’intérieur, ce voyage particulièrement épique.
Enfin, Moonrise Kingdom vous transportera sur une île de la Nouvelle-Angleterre où s’est installé un camp scout durant l’été 1965. Deux petits amoureux de 12 ans décident de s’enfuir, la famille et la communauté se mobilisant pour les retrouver. Un chef-d’œuvre complètement fou signé Wes Anderson.
Ciné Plein Air : du 18 juin au 3 septembre dans 13 communes de Melun Val de Seine.
Ecrit par Virginie Champion (agence TOUTécrit)
Consultez le programme
L’harmonica
Le blues, le jazz, la country et d’autres musiques folkloriques américaines : voilà ce qu’évoque instinctivement l’harmonica. Mais cet instrument à vent, à peine plus grand que la paume de la main, trouve pourtant ses origines en d’autres contrées que les États-Unis, à une époque où le Nouveau Continent était encore inconnu.
C’est en effet en Chine, il y a plusieurs millénaires, que le principe de l’harmonica aurait été inventé : une vibration caractéristique provoquée par des anches libres* et un accordage permettent de produire plusieurs sons, selon que l’air est soufflé ou aspiré. L’explorateur Marco Polo l’aurait ensuite ramené en Europe, au XIIIe siècle. Mais ce n’est qu’au milieu du XIXe qu’un certain Matthias Hohner, un horloger de Trossingen, village de Bade-Wurtemberg (Allemagne), commence à s’y intéresser à la demande de son épouse, qui insiste pour qu’il investisse dans ce petit objet à la mode, qui n’est alors l’apanage que des bijoutiers.
À la conquête de l’Ouest américain
Mais comment cet harmonica, commercialisé chez cet horloger, va-t-il devenir l’un des symboles de la musique américaine ? C’est Mme Hohner qui en est à l’origine, après avoir expédié un exemplaire produit dans l’atelier de son mari à un cousin émigré aux États-Unis. Il ne tarde pas à séduire les migrants et les voyageurs, conquérants de l’Ouest américain. Sa petite taille, une vingtaine de centimètres, et son coût peu onéreux, en font le partenaire idéal de ces nouveaux aventuriers. À la fin du XIXe siècle, alors que l’usine Trossingen produit un million d’unités, dont l’immense majorité est exportée outre Atlantique, l’harmonica devient l’instrument favori des Afro-Américains et accompagne les chants de travail dans les plantations. Mais trente ans après l’abolition de l’esclavage, il se cantonne encore aux champs de coton.
En route vers le rock’n’roll
Au XXe siècle, alors que les Noirs américains migrent vers les grandes villes comme Détroit ou Chicago, il continue de rythmer leurs mélodies et le blues devient électrique. Les musiciens blancs commencent à se l’approprier, à l’instar des chanteurs de folk, tels Janis Joplin ou Bob Dylan, de country, comme Neil Young, et bien sûr de rock’n’roll avec Bruce Springsteen. Universel, le petit instrument épouse aujourd’hui tous les styles, comme le prouve Greg Zlap, harmoniciste hors pair, qui a accompagné Johnny Hallyday au Stade de France ou Vladimir Cosma dans ses compositions originales pour le cinéma. C’est d’ailleurs un oncle qui, quand il était enfant, lui en avait rapporté un d’Amérique.
Le 2 avril prochain aux 26 Couleurs, à Saint-Fargeau-Ponthierry, Greg Zlap présentera son album, Rock it !, qui rassemble les mélodies de tous ceux qu’il a accompagnés ces dernières années.
Par Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)
* Une anche est une lamelle de roseau, métal, bois ou matière plastique qui entre en vibration sous le souffle humain ou mécanique, provoquant ainsi un son audible.
Cyrano de Bergerac
« C’est un roc ! c’est un pic… c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ?… c’est une péninsule ! » Avec son nez protubérant, ses traits disgracieux mais son admirable éloquence, Cyrano de Bergerac est un personnage de roman. Que ce soit à la Comédie française ou au cinéma, l’impétueux bretteur a été interprété par les plus grands, tels Jean Piat, Jacques Weber, Jean-Paul Belmondo ou Gérard Depardieu. Le succès de la pièce, qui fut jouée pour la première fois en 1897 à Paris, ne n’est jamais démentie depuis. Et dire qu’Edmond Rostand pensait qu’elle serait un nouvel échec.
A contre-courant
Comme le raconte Edmond d’Alexis Michalik, qui retrace la génèse de l’œuvre côté coulisses, rien ne prédisposait le dramaturge à passer à la postérité. Alors qu’il n’est qu’un auteur obscur, il parvient à intéresser le célèbre comédien Coquelin avec les grandes lignes de son nouveau projet littéraire, inspiré d’un écrivain du XVIIe siècle, Savinien de Cyrano de Bergerac (dont on ignore s’il avait un nez proéminent). Rostand imagine une pièce à contre-courant du théâtre de boulevard de Feydeau et des œuvres naturalistes d’Ibsen, pourtant très prisés à l’époque.
Contre toute attente, sa fresque romanesque, qui exalte la grandeur de l’âme humaine et la pureté des sentiments amoureux, est un triomphe. » Le théâtre de la Porte-Saint-Martin a retenti dans l’après-midi d’hier de clameurs d’enthousiasme comme il n’en avait probablement jamais entendu ! », peut-on lire dans Le Figaro au lendemain de la représentation.
Le chantre de la liberté
Dans le contexte sulfureux de l’affaire Dreyfus, la pièce a l’effet d’une rafraîchissante parenthèse. Cyrano, ce poète au destin tragique, devient le chantre de la liberté et trouve sa place aux côtés des grands héros de la littérature française que sont D’Artagnan (Les Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas) et Jean Valjean (Les Misérables, Victor Hugo). Depuis, Hercule Savignien de Cyrano de Bergerac est devenu ce personnage légendaire que tout comédien rêve d’interpréter.
Retrouvez « Dans la peau de Cyrano », le vendredi 15 avril à l’Espace Nino Ferrer de Dammarie-lès-Lys.
Par Thomas Leroy (TOUTécrit)