Carole Bordes
Fondatrice de la compagnie Émoi, en 2008, Carole Bordes revendique l’influence de deux immenses danseurs du XXe siècle. Il y a d’abord Pina Bausch. Disparue il y a une dizaine d’année, cette chorégraphe de renommée internationale est l’ambassadrice de ce l’on a appelé la « danse-théâtre », qui met en scène des personnages et des situations dramatiques. Il y a ensuite Matt Mattox. Moins connu du grand public, cet artiste américain débute dans les années 40 à Broadway avant de devenir l’une des figures incontournables de la « danse-jazz » qu’il enseignera à Londres et en France où il s’installera dans les années 70.
C’est à la méthode Mattox, qui fonde son apprentissage sur le rythme, que Carole Bordes a été formée. Elle prêtera ensuite ses talents d’interprète à des chorégraphes contemporains tels que Serge Keuten, Géraldine Armstrong ou Laura Scozzi, sur les plus grandes scènes d’opéra françaises et européennes. Puis la création de sa propre compagnie lui offrira l’opportunité d’explorer de nouveaux horizons avec d’autres artistes qu’ils soient danseurs, scénographes ou compositeurs.
Des spectacles qui parlent à l’esprit…
Ainsi, avec le chorégraphe Jean Gaudin, elle conçoit « R pour Résistance » qui s’inspire du concept philosophique de résistance développé par Gilles Deleuze, comme forme de création et de surpassement face à nos immobilismes. Résister c’est dire ce qui est en mouvement chez nous, ce qui nous pousse en dehors et nous pousse en dedans. Le public est invité à se déplacer d’une figure à l’autre, pour entrer dans l’intimité de chaque interprète, à travers des espaces scéniques implantés dans des lieux du quotidien.
Fanflures Brass Band : un peu d’histoire
Les plus belles aventures commencent souvent par un voyage. En février 2013, le toulousain Gabriel Ray, alias Gaby, s’envole pour La Nouvelle Orléans, son trombone à la main. Sous le charme de la série télévisée Treme (2010-2013), dont l’intrigue se passe en Louisiane, il est particulièrement sensible à la bande originale : on peut entendre le groupe de hip-hop Hot 8 Brass Band, l’orchestration signée Rebirth Brass Band et le trompettiste Kermit Ruffins.
À peine arrivé, il se rend au mythique club de jazz Snug Harbour. Là, il sympathise avec Delfeayo Marsalis, tromboniste qui appartient à une fratrie de musiciens : Wynston, trompettiste ; Jason, batteur et Branford, saxophoniste. Grâce cette rencontre, Gabriel commence à jouer avec les meilleurs musiciens de La Nouvelle Orléans.
So jazzy
De retour à Toulouse 3 mois plus tard, il crée Les Fanflures Brass Band, à savoir un ensemble musical. Avec ses cuivres (saxophones, trombones, trompettes, tubas) et ses percussions, cet orchestre interprète des morceaux mêlant jazz, hip-hop, funk, swing, sonorités latines et chants. À son répertoire, des compositions originales mais aussi des reprises du Saïan Supa Crew (Angela), de la chanteuse Adèle (Someone Like You) et même d’Edith Piaf (Padam, padam).
En 2015, la formation sort son premier opus, Do you Fanflures ? qui sera suivi des disques Dans Ta Face ! (2016), Work Together (2017) et La Rumeur d’Or (2020). Sur scène, les 8 musiciens sont accompagnés par 2 danseurs de lindy hop, une danse de rue née à Harlem dans les années 20, et de breakdance.
Après avoir joué à La Nouvelle Orléans, Les Fanflures ont fait résonner leurs notes folles au Jazz Cork Festival en Irlande, au Kitchen Blues Festival de Londres ou encore au prestigieux festival Jazz In Marciac, dans le Gers.
Par Benoît Franquebalme (agence TOUTécrit).
Tony Saint Laurent
« J’ai l’impression d’être en garde à vue ! » S’il se prête volontiers au jeu de l’interview, Tony Saint-Laurent se livre à tâtons. Au téléphone, il consent à nous dire qu’il est né à Épinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis, et qu’il réside à Paris depuis son adolescence. Quant à son âge ? Mystère…
« Disons que je suis quadragénaire« , souffle-t-il, avant de s’en tirer par une pirouette : « Pourquoi demander leur âge aux hommes et pas aux femmes ?«
« Déjà en classe, je faisais rire mes copains »
Ces questions sociétales sont au cœur de son 3e one man show, intitulé Efficace.
J’avais envie d’être direct et que les spectateurs aient la banane à la sortie, explique-t-il. Je voulais le faire sans choquer, ni blesser. D’où le nom de ce spectacle que je qualifierais de feel good. J’espère que mon humour est universel et transgénérationnel.
Pendant près d’une heure et demie, il aborde pêle-mêle la maltraitance animale, sa vie sentimentale, le véganisme et les rapports entre les hommes et les femmes. À ce sujet, il remercie son ex-petite amie qui lui a été infidèle et l’a quitté il y a quelques années. « Ça a été le point de départ de ma carrière, confesse-t-il. Dans ces moments-là, certains sombrent dans la dépression, d’autres sortent en boîte. Je me suis dit que c’était le moment de monter sur scène ».
Nous sommes en 2012. Appelez-moi Tony Saint-Laurent suscite alors l’attention du Jamel Comedy Club, l’émission de Canal+ créée par Jamel Debbouze. L’artiste y restera 3 ans, aux côtés d’humoristes tels Malik Bentalha, Nawell Madani ouDjal. « Ce fut une bonne école. Tu as cinq minutes pour montrer ton travail, cela m’a permis d’être rigoureux et efficace ». Après avoir raté son bac et exercé de nombreux petits boulots (barman, vendeur de téléphones), cette boule d’énergie a trouvé sa voie. « Déjà en classe, je faisais rire mes copains. Rien d’étonnant à ce que j’ai eu envie de sauter le pas« .
Comédien et animateur
Depuis, il a assuré la 1ère partie de Gad Elmaleh et interprété plusieurs rôles, au cinéma et à la télévision, notamment dans Paris à tout prix et Super-héros malgré lui. Il est également l’un des piliers de Vendredi, tout est permis, l’émission de TF1 présentée par Arthur, qui est également son producteur :
Je me nourris de son expérience, car il a beaucoup de métier. Il vient voir mes spectacles et me conseille
Ce fan de Florence Foresti tient aussi à remercier son grand-père, qui lui a fait découvrir les Monty Python et Louis de Funès. Très actif sur Instagram, Tony Saint Laurent se concentre actuellement sur Efficace, avec lequel il est en tournée. Il s’arrêtera cet été à Avignon et à l’Apollo théâtre de Paris, en septembre. Mais avant, vous pourrez découvrir son nouveau spectacle, le 7 avril à 20h30 au Mas, au Mée-sur-Seine.
A retrouver…
Waly Dia
Alors, comment ça va mes collabo-antivax-indigéno-zadisto-décroissants-assistés ? Augmentation des prix, mesures sanitaires, pass vaccinal, troisième dose… Mais… et l’Islam dans tout ça ? La pandémie, ça bouscule tous nos fondamentaux. En ce moment, tu peux ouvrir des mosquées, mettre des voiles à des bébés, tout le monde s’en fout. Aujourd’hui un mec qui crie Allah akbar dans la rue, ça fait moins peur qu’un mec qui tousse sans masque.
Un débit de mitraillette, les yeux pétillants, le sourire enjôleur qui se devine sous le masque de rigueur, c’est ainsi que Waly Dia démarrait en 2022 l’une de ses chroniques sur France Inter, dans l’émission animée par Charline Vanhœnacker et Alex Vizorek, Par Jupiter !
Grenoble, Nantes et Paris
Retour en arrière. Né il y a 33 ans à Grenoble d’une mère française et d’un père sénégalais, Waly Dia quitte sa ville natale en 2010 pour s’installer à Nantes. C’est là qu’il se lance sur scène et étrenne ses premiers numéros de stand-up. Persévérant et bourré d’énergie positive, il part alors à la conquête de Paris et du public. Candidat pour l’émission de Laurent Ruquier, On n’demande qu’à en rire, il en devient pensionnaire en 2011, grâce à ses chroniques et punchlines hilarantes. Nouvelle étape en 2012 : Waly Dia rejoint le célèbre et impitoyable Jamel Comedy Club. C’est là qu’il joue son premier spectacle, Garde la pêche.
“Jeffrey, remets-nous des glaçons !”
Waly Dia devient une figure familière du petit et du grand écran. On le voit à la télévision, dans des séries (Commissariat Central, Osmosis), des téléfilms (Avis de tempête de Bruno Garcia, À mon tour de Frédéric Berthe) et au cinéma (en 2016, il tient le rôle principal dans Père fils thérapie ! d’Emile Gaudreault). En 2014, il participe au clip “Fresh Prince” du chanteur Soprano, qui contribue beaucoup à sa notoriété. Habillé en serveur, avec gants blancs, nœud papillon et un bol de glaçons à la main, il traverse l’écran dans tous les sens, accourant lorsqu’il entend “Jeffrey, remets-nous des glaçons !”, réplique culte qui a abondamment circulé sur les réseaux sociaux et que Waly Dia lui-même s’est ensuite amusé à détourner dans ses propres vidéos.
Enfant de son époque, Waly Dia n’a jamais oublié la scène. C’est là qu’il a commencé, là qu’il se sent en communion avec le public et où son sens de la répartie fait merveille. Son deuxième spectacle, Ensemble ou rien, est en phase avec la folie du monde, où chacun en prend pour son grade. Le “vivre ensemble”, l’écologie, l’éducation, la condition des femmes, tout est passé à la moulinette à un rythme frénétique. Revigorant et diablement drôle !
Article rédigé par Virginie Champion (agence TOUTécrit)
Max Bruch
Il y a des compositeurs, dont on ne retient qu’une seule de leurs œuvres, malgré la richesse de leur répertoire. Max Bruch est de ceux-là, puisque son premier Concerto pour violon en sol mineur a immédiatement rencontré un franc succès, éclipsant ses autres créations. C’est en 1857 que ce musicien, né à Cologne en 1838, commence à travailler ce concerto, qu’il achèvera 7 ans plus tard. Pourtant, après la générale donnée à Coblence en 1866, il porte un regard insatisfait sur son œuvre. Le violoniste Joseph Joachim suggèrera quelques remaniements, qui conduiront à une version aboutie en 1868.
Le concerto entame une fabuleuse carrière, dira Max Bruch. Joachim l’a joué à Brême, Aix-la-Chapelle, Hanovre et Bruxelles, il va l’interpréter à Copenhague, puis au festival de Cologne à la Pentecôte. Cela me fait très plaisir
Bruch: 1. Violinkonzert ∙ hr-Sinfonieorchester ∙ Hilary Hahn ∙ Andrés Orozco-Estrada
Touche-à-tout
Fils d’un père officier de police et d’une mère professeure de chant, Max Bruch est plongé dans l’univers musical dès son plus jeune âge. Il compose dès l’âge de 9 ans et écrit son premier septuor à 11 ans. Trois ans plus tard, il décroche une bourse de la Fondation Mozart à Francfort-sur-le-Main, qui lui permet de s’offrir les cours de professeurs prestigieux. Dès lors, il va s‘atteler à composer des opéras, dont Scherz, List und Rache, qu’il écrit à seulement 20 ans, Die Loreley (1863) ou Hermione (1870), mais aussi des symphonies, des concertos, des oratorios, des cantates et de nombreuses pièces de musique de chambre. Deux de ses œuvres connaîtront un énorme succès : la Fantaisie écossaise pour violon et orchestre et Kol Nidrei, qui deviendra l’une des liturgies les plus courantes pour la fête juive de Yom Kippour.
Sous les honneurs
Chef d’orchestre dès 1863, il occupera à nouveau cette fonction prestigieuse 17 ans plus tard à Liverpool, avant d’embarquer pour une tournée américaine. En 1883, désireux de rentrer en Allemagne, il accepte de devenir directeur musical de l’orchestre de Breslau, un poste qu’il avait déjà tenu au sein d’une société de concerts entre 1865 et 1867. Détenteur d’une chaire de composition (équivalent à un diplôme de professeur, ndlr) à Berlin en 1870, il cumulera ensuite les distinctions au cours des dernières années de sa vie : docteur honoris causa de l’Université de Cambridge (1893), membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts à Paris (1898) et docteur en philosophie de l’Université de Berlin (1918).
Très attaché à la tradition germanique, Max Bruch a laissé une œuvre dense qui fut jouée, et l’est encore, aux 4 coins du monde. Venez écouter le récital de l’Orchestre Melun Val de Seine, le dimanche 18 décembre au Mas (16h), qui interprètera notamment le premier concerto pour violon et orchestre.
Par Virginie Champion (agence TOUTécrit)

Sergueï Sergueïevitch Prokofiev
Né à Sontsovka, ville de l’Empire russe aujourd’hui ukrainienne, Prokofiev découvre le piano dans sa prime enfance, en écoutant les pièces de Beethoven, Chopin ou Tchaïkovski que lui joue sa mère. Après avoir assisté à deux opéras, il compose le sien, intitulé Le Géant, alors qu’il n’a que huit ans. Peu de temps après, il va à Moscou où il suivra des cours auprès de grands maîtres, puis à Saint-Pétersbourg où il étudiera le piano, la composition, l’orchestration et la direction d’orchestre. Ce prodige signe plusieurs compositions, dont son premier Concerto pour piano, et se produit très vite en concert. Il n’en faut pas plus pour que Saint-Pétersbourg s’entiche de ce nouveau talent.
Révolution bolchévique et années d’exil
En 1914, Prokofiev voyage en Europe, où triomphent déjà Igor Stravinsky et Diaghilev. Il compose avec frénésie, en explorant tous les genres musicaux : opéras, symphonies, concertos ou cantates. Mais la chute de Nicolas II, en 1917, le conduit à s’exiler. De Saint-Pétersbourg à Vladivostok, il rejoint le Japon puis le continent américain. Démuni, c’est là qu’il composera quelques-uns de ses chefs-d’œuvre, dont l’opéra L’Amour des trois oranges. À Paris, où il s’est finalement installé, il jouit d’une belle réputation, travaille avec acharnement et collabore régulièrement avec Diaghilev. Mais son pays lui manque…
Accueilli sous les honneurs, puis banni
À la fin des années 20, Prokofiev effectue une tournée triomphale en URSS. Afin qu’il revienne définitivement, le régime promet à “son” prodige un appartement, une voiture et une datcha (sorte de résidence secondaire à la campagne, ndlr). En 1936, il quitte donc la France et rejoint Moscou où une période faste s’ouvre à lui : il crée des musiques de films, compose le ballet Roméo et Juliette, puis Pierre et le loup (1936), conte musical pour enfants qui connaîtra un retentissement mondial. Mais le pouvoir stalinien, qui avait accueilli son retour sous les honneurs, se détourne de lui, jugeant son travail incompatible avec la doctrine. Ruiné et interdit de voyager à l’étranger, Prokofiev continue néanmoins de composer.
Un éphémère retour en grâce
La grande guerre patriotique lui permet de regagner les petits papiers du régime. Il écrit un opéra Guerre et paix (1942), d’après l’œuvre de Tolstoï, Cendrillon, un ballet en trois actes, entre 1941 et 1944, ainsi qu’une Cinquième symphonie (1945), la plus grandiose des sept qu’il composera, célébrant la victoire de l’URSS sur l’Allemagne. Proclamé “artiste du peuple” en 1947, il sera ensuite victime d’une purge stalinienne, car jugé trop cosmopolite. Serge Prokofiev s’éteindra en 1953, terrassé par une hémorragie cérébrale, alors qu’il n’a que 61 ans. En 1957, sous Khrouchtchev, il recevra le prix Lénine (l’une des plus hautes distinctions accordées du temps de l’Union soviétique, ndlr) à titre posthume.
Par Virginie Champion (agence TOUTécrit)