Comment devient-on humoriste quand est passé par khâgne ? 

J’ai attrapé le virus du théâtre à l’adolescence, en intégrant la troupe amateur de mon lycée. Comme j’étais bon élève, j’ai suivi une classe préparatoire littéraire, avant de rejoindre une école de commerce. En parallèle, je continuais à écrire des sketchs et à faire de l’impro. Puis un jour, je me suis réveillé : si je ne faisais pas ce que je voulais vraiment, c’est-à-dire du théâtre, je le regretterais. Je me suis alors lancé sur les scènes ouvertes à Bordeaux, où je vivais à l’époque. Au fil des dates, les représentations se sont étoffées jusqu’à devenir mon premier spectacle, L’Entretien.

Parlez-nous de votre seul-en-scène actuel, L’Affaire Guédon

Je connais Racine dont je me moque, c’est un peu mon fonds de commerce. Je méprise la culture élitiste et ceux qui ne jurent que par Racine ou Corneille. Mon spectacle présente donc mon procès pour outrage aux valeurs de la République et désacralisation culturelle. Je fais intervenir un juge qui fait office de narrateur, un ancien prêtre, mon professeur de français de lycée et même ma toute première agente d’artiste. Vous retrouverez également Jean-Karim, des Anges de la téléréalité, qui s’exprime en alexandrins !

 

 

Pourquoi agrégez-vous des registres si éloignés ? 

Je pense qu’il y a des choses à prendre partout. La culture est un écosystème. Il est important qu’il y ait de tout. À mes yeux, la valeur cardinale reste la curiosité. En revanche, l’omniprésence de la téléréalité, que je ne manque pas de critiquer, dit quelque chose de notre société et du spectacle permanent dans lequel nous évoluons. C’est ce qui m’intéresse.

Vous avez également travaillé sur Europe 1. Est-ce le même métier que la scène ? 

Écrire et jouer sont les deux compétences d’un humoriste sur scène. Mais il y a d’autres savoir-faire à appréhender. À la radio, il s’agit de rédiger une chronique de quelques minutes en lien avec l’actualité. J’ai aussi commencé à m’intéresser aux réseaux sociaux. J’aimerais proposer des contenus sur Instagram et TikTok dès janvier prochain. C’est encore autre chose.

Vous avez recommencé à jouer, après les fermetures des lieux culturels. Quelles sont vos impressions ?  

Je suis heureux que les théâtres aient rouvert, car nous avons beaucoup souffert des restrictions liées à la crise sanitaire. Il était difficile de ne pas jouer. Depuis plusieurs mois maintenant, je retrouve des salles de 100-150 personnes. J’aime cette proximité, car mon spectacle est engagé et j’y mets beaucoup de moi.

Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)

 

 

Comment votre collaboration est-elle née ? 

Julien Lubek : Nous nous sommes rencontrés durant notre formation auprès du mime Marceau. Nous avons continué à étudier ensemble le théâtre, le clown, la magie et l’acrobatie. Ce parcours nous a permis de créer un langage commun. Nous avons ensuite travaillé pour d’autres artistes sur de grosses productions, comme chorégraphes pour le Bourgeois Gentilhomme de Benjamin Lazar en 2004. Ce spectacle a été créé au théâtre des Champs-Élysées, avant une tournée dans plusieurs capitales européennes. 

Pour quelles raisons avez-vous fondé “Les Âmes nocturnes” ? 

Cécile Roussat : Travailler sur de grands spectacles s’est avéré très formateur pour les jeunes artistes que nous étions. Mais nous avions aussi quelque chose de plus personnel à exprimer, en lien avec notre premier langage, le mime, ainsi qu’avec le clown, une recherche plus personnelle sur la fragilité de nos êtres. C’est pourquoi que nous avons créé notre compagnie. Notre duo de personnages fantasques, maladroits et super héros évolue dans un monde à la fois réaliste et absurde. Nos spectacles partent du principe que la magie est partout, mais qu’elle est seulement visible à ceux qui prennent le temps de regarder. 

 

 

Les Âmes Nocturnes – Cécile Roussat & Julien Lubek

Quelles disciplines mettez-vous en scène ? 

Cécile Roussat : La magie, l’acrobatie et le mime, même si notre objectif n’est absolument pas d’impressionner. Nous voulons être dans une parfaite maîtrise, afin que la scène soit un espace de liberté où l’on entraîne le public dans un imaginaire, pour lui transmettre une émotion. 
Julien Lubeck : Nos inspirations viennent de la peinture surréaliste, de la bande dessinée et de nombreux autres arts. Mais nous veillons à ce que nos spectacles restent accessibles au plus grand nombre, que ce soit un enfant de 6 ans ou une personne dépourvue de toutes ces références. 

Quel regard portez-vous sur l’accessibilité à la culture ? 

Julien Lubek : C’est une question importante pour nous. D’ailleurs, nous l’expérimentons même à l’opéra, où nous faisons de la mise en scène depuis une dizaine d’années. Nous ne nous plaçons pas au-dessus du spectateur, mais au-dessous, afin qu’il puisse s’identifier. 
Cécile Roussat : C’est la même démarche qui nous a animés pour Au bonheur des Vivants, que nous allons interpréter à Vaux-le-Pénil. Nous sommes très heureux de jouer dans une petite salle, avec un public de proximité. Cela nous permet d’installer une vraie intimité. 

Propos recueillis par Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)

 

 

Quelles ont été les grandes étapes de votre parcours de musicien ? 

J’ai suivi une formation classique au conservatoire, d’abord à Blois puis à Boulogne-Billancourt. J’y ai appris le saxophone, mais je joue d’autres instruments comme le piano. Avant de concrétiser des envies plus personnelles, j’ai participé à plusieurs expériences en tant que sideman, c’est-à-dire que je me produis avec d’autres, mais sans être à l’initiative du projet. Je tourne, par exemple, depuis une dizaine d’années avec un groupe de funk, le « Tentet au Carré ». Nous sommes une douzaine sur scène. Autant dire que c’est plutôt exigeant d’organiser et de financer des concerts qui réunissent autant de professionnels. Nous avons tout de même effectué de nombreuses tournées en Italie notamment, ainsi que dans des clubs parisiens. Puis, l’envie d’être à l’initiative de mon propre projet est devenue évidente. 

Comment est né ce projet et sur quelles influences l’avez-vous construit ? 

Yham 4T est né en 2017 de l’envie de composer et de faire du jazz. Pour cela, je me suis entouré de trois musiciens qui viennent tous de Seine-et-Marne ou du sud de la région parisienne : le guitariste Jérôme Picard, également compositeur, le contrebassiste Philippe Monge et le batteur Ken Parassouramin. Quant à moi, je joue du saxophone ténor. Nous avons puisé nos inspirations dans le jazz actuel, auprès d’artistes contemporains comme l’Anglais Dave Holland ou le guitariste américain John Scofield, qui sont des références. Il y a aussi la musique classique, essentielle ! Je pense à Bach ou Ravel notamment. Sans oublier la pop avec des références telles Sting et Stevie Wonder, que j’écoute beaucoup. J’accorde une place prépondérante au rythme, car je veux que le public puisse chanter et même mémoriser les mélodies. 

Vous êtes également professeur de musique. Que vous apporte cette activité ? 

Oui, j’enseigne dans trois conservatoires du territoire, à Melun, Vaux-le-Pénil et Le Mée-sur-Seine. À mes yeux, professeur et instrumentiste sont deux activités essentielles et complémentaires. Elles créent une synergie, car il serait difficile de ne faire qu’enseigner si je ne pouvais pas m’épanouir sur scène. C’est très agréable et très intense, mais je tiens aussi à la transmission pédagogique de ma discipline.  

Quelle est l’actualité de Yham 4Tet ? 

Nous avons sorti un premier album en septembre 2019, ”Le Premier Cercle”, où il était question de la famille, des amis. C’est avec cet opus que nous avons tourné dernièrement. Actuellement, nous travaillons sur un deuxième album, qui évoquera notamment le voyage. Nous aurons l’opportunité de présenter quelques-uns de ces morceaux lors de notre concert à Melun, le 20 novembre prochain.

 

 

 

 

Cette pièce, Un Monde fou, a-t-elle été conçue dès l’origine pour un seul comédien ? 

C’est une comédienne américaine, Becky Mode, qui l’a écrite à partir de son expérience personnelle. Comme cela est très fréquent aux États-Unis, elle a été amenée à prendre un job alimentaire durant les années difficiles où aucun rôle ne lui était proposé. Elle est devenue standardiste pour un grand restaurant new-yorkais. Elle répondait aux clients qui appelaient pour réserver ou pour d’autres demandes. Elle a alors noté tout un tas d’anecdotes. Elle-même n’a jamais joué sa pièce mais elle l’a mise en scène pour un ami comédien qui interprétait tous les personnages, soit plus d’une trentaine ! En France, on a adapté le texte en 2007 au Théâtre de la Bruyère puis au Théâtre de Paris. Avant qu’Un Monde fou ne reçoive, l’année suivante, le Molière dans la catégorie Seul en scène. 

Vous allez donc reprendre cette pièce que vous n’avez pas jouée depuis des années. Comment appréhendez-vous ce défi ? 

Après les représentations à Paris, la tournée n’avait jamais eu lieu en raison d’aléas de calendrier et d’autres opportunités artistiques qui se présentaient à moi. Mais j’y tenais, même si c’est un très grand défi, car je dois réapprendre tous les personnages. Nous avons également dû réadapter le texte. C’est marrant de voir comment, en 10 ans, nos moyens de communication ont changé et comment tout s’est accéléré : il n’y a plus de fax, plus de cabine téléphonique à pièce, ni plus de cabine téléphonique du tout d’ailleurs ! 

 

 

Teaser Eric Métayer dans "Un monde fou"

Comment vous préparez-vous à relever une telle performance ? 

Je travaille comme un trapéziste qui répète inlassablement pour que tout ça devienne automatique. La difficulté ne réside pas tant dans le texte que dans les gestes, les déplacements, tout va très vite. J’incarne le standardiste bien sûr mais aussi les clients à l’autre bout du fil : en une fraction de seconde, le public doit comprendre de qui il s’agit. Nous avons fait légèrement évoluer la mise en scène mais l’idée reste la même, quelque chose de très épuré : une table, un tabouret et quelques cartons.
Le standardiste est censé travailler dans une très belle salle de réservation, alors qu’il est au énième sous-sol d’un grand restaurant. Après c’est à moi de stimuler l’imaginaire des spectateurs, par mon jeu, de créer le décor virtuel avec un changement de voix ou un cri de mouette. La question, tous les soirs, est de savoir si le public va rentrer dans cette histoire, c’est un imaginaire entre eux et moi. Mais tout le plaisir du théâtre vivant est là. 

Le titre anglais est Fully Committed, qui signifie  » pleinement engagé « , comme l’est le standardiste dans son travail. Pourquoi avoir choisi d’intituler la pièce Un Monde fou ?

Cela s’est imposé assez facilement. Le rythme est tellement intense et il y a tellement de personnages ! C’est comme si cela disait quelque chose de notre époque. Je suis en tout cas très heureux de retrouver la scène avec ce texte. 

Propos recueillis par Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)

 

 

Qu’est-ce qui vous a conduit à devenir sculpteur ? 

On ne choisit pas de devenir artiste. C’est ce qu’il y a en soi qui détermine cette orientation. Pour ma part, j’avais deux passions, étant enfant : fabriquer des objets avec ce qui me tombait dans les mains et attraper de petits animaux pour les disséquer et comprendre comment fonctionne le vivant. Cela a conditionné ma vie : j’ai commencé par la sculpture, puis mon amour de la science m’a conduit à des études de médecine. Durant quatre ans, ces deux disciplines sont entrées en symbiose : j’ai créé le premier service d’art-thérapie en gérontologie. C’était une manière d’ouvrir une fenêtre sur l’imaginaire. Cette expérience a profondément bouleversé mon travail de sculpteur. Pour autant, ces deux métiers me demandaient un engagement total. Choisir fut un déchirement pour moi.

 

 

Michel Levy dans son Atelier

Comment décririez-vous votre style ? 

Je suis totalement autodidacte, vierge de toute influence. J’ai également commencé ma carrière sans argent, ce qui fut une chance. Pour subvenir à mes besoins, je travaillais notamment dans des fonderies où les techniques que j’ai apprises m’ont servi dans la sculpture. Cela a eu impact fondamental sur mon travail. C’est pourquoi j’ai acquis une prédilection pour le bronze. 

Quels questionnements guident votre travail ? 

Nous connaissons des périodes qui sont le reflet de nos âmes. Pour ma part, je me refuse de faire tout le temps la même chose, en dépit de la pertinence qu’aurait un tel choix d’un point de vue commercial. Je suis un artiste symboliste, j’ai donc besoin d’un support de réflexion. J’ai ainsi eu des moments très esthétiques et d’autres, plus durs, avec la figure du nain qui évoquait la misère humaine ou celle du poulet, par rapport à la cause animale. 

Qu’est-ce qui vous inspire aujourd’hui ? 

La crise sanitaire est très sombre. Paradoxalement, je me soigne avec la couleur, en peignant des tableaux très colorés. À cet égard, il me semble que le rôle de l’art a changé. Auparavant, il se devait d’être le reflet de l’époque, comme le pensait le peintre russe Kandinsky. Nous vivons désormais dans un environnement tellement décourageant que les artistes doivent être une lumière et un phare. J’évoquerais l’art comme quelque chose de transcendantal et de noble. Mais ce n’est pas le chemin que prend la création contemporaine. 

Propos recueillis par Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)

 

 

Rêviez-vous, enfant, de devenir chanteuse ? 

Clou : La musique a toujours été présente dans ma vie. J’ai suivi les cours du conservatoire, sans avoir l’ambition d’en faire un métier. C’était seulement un hobby, jusqu’au radio-crochet de France Inter, en 2014. La rencontre avec des professionnels et le fait de passer sur les ondes a donné une dimension concrète à ce rêve. Cette étape m’a également rassurée sur ma capacité à me lancer. Durant deux ans, j’ai poursuivi mon travail d’attachée de presse, le temps de trouver un tourneur puis un label. C’est aussi à cette période que j’ai commencé à me produire lors de premières parties. Je me suis alors confrontée à quelque chose que je ne connaissais pas, la scène. Et j’ai appris.

Comment est né Orages ? 

Clou : Depuis toujours, j’écris les paroles et compose la musique de mes chansons. C’est ce que j’ai fait pour ce premier album, même si je me suis entourée de professionnels de talent, dont Dan Levy, qui a été l’arrangeur, le réalisateur et, d’une certaine manière, le directeur artistique. Un autre artiste, que j’aime beaucoup, a participé à cette aventure : c’est Vincent Delerm, qui a réalisé le clip de “Comme au cinéma”.

 

 

Clou – Comme au cinéma [clip officiel]

Pourquoi l’avoir intitulé ainsi ? 

Clou : Un orage est un phénomène impressionnant et beau à la fois. Mes chansons évoquent la peur du lendemain ou encore notre capacité à tenir debout malgré l’absurdité de la vie. Il y a également des textes plus introspectifs, comme “Rouge” qui explore les vertus de la colère. Un morceau parle des pervers narcissiques et un autre du mansplaining *. 

En quoi cet album vous ressemble-t-il ? 

Clou : Je dirais qu’il restitue la musique que j’aime, notamment la pop et la chanson française. J’espère que l’on entendra aussi une certaine filiation avec la folk dans la manière de chanter et de poser ma voix. En musique, je n’ai aucun snobisme et j’écoute des choses très différentes. Mon influence, c’est aussi la littérature qui tient une place particulière dans ma vie, depuis que je suis toute petite. Le titre, d’ailleurs, est inspiré d’une image qui m’a marquée dans Les Misérables de Victor Hugo, la “tempête sous un crâne” de Jean Valjean. 

En raison de la crise sanitaire, de nombreux artistes ont dû annuler leurs concerts. Quel sentiment éprouvez-vous à l’idée de retrouver le public ? 

Clou : Si j’ai fait quelques dates cet été dans des festivals, ma tournée automne-hiver débute à Vaux-le-Pénil, le 7 octobre. Je suis heureuse de remonter sur scène, de retrouver le public et de faire vivre cet album. Avec les musiciens, nous avons envie d’offrir quelque chose de différent du studio, avec notamment des versions acoustiques. 

Propos recueillis par Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)

* Concept féministe qui désigne une situation dans laquelle un homme explique à une femme quelque chose qu’elle sait déjà, voire dont elle est experte, souvent sur un ton paternaliste ou condescendant.

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