L’harmonica
Le blues, le jazz, la country et d’autres musiques folkloriques américaines : voilà ce qu’évoque instinctivement l’harmonica. Mais cet instrument à vent, à peine plus grand que la paume de la main, trouve pourtant ses origines en d’autres contrées que les États-Unis, à une époque où le Nouveau Continent était encore inconnu.
C’est en effet en Chine, il y a plusieurs millénaires, que le principe de l’harmonica aurait été inventé : une vibration caractéristique provoquée par des anches libres* et un accordage permettent de produire plusieurs sons, selon que l’air est soufflé ou aspiré. L’explorateur Marco Polo l’aurait ensuite ramené en Europe, au XIIIe siècle. Mais ce n’est qu’au milieu du XIXe qu’un certain Matthias Hohner, un horloger de Trossingen, village de Bade-Wurtemberg (Allemagne), commence à s’y intéresser à la demande de son épouse, qui insiste pour qu’il investisse dans ce petit objet à la mode, qui n’est alors l’apanage que des bijoutiers.
À la conquête de l’Ouest américain
Mais comment cet harmonica, commercialisé chez cet horloger, va-t-il devenir l’un des symboles de la musique américaine ? C’est Mme Hohner qui en est à l’origine, après avoir expédié un exemplaire produit dans l’atelier de son mari à un cousin émigré aux États-Unis. Il ne tarde pas à séduire les migrants et les voyageurs, conquérants de l’Ouest américain. Sa petite taille, une vingtaine de centimètres, et son coût peu onéreux, en font le partenaire idéal de ces nouveaux aventuriers. À la fin du XIXe siècle, alors que l’usine Trossingen produit un million d’unités, dont l’immense majorité est exportée outre Atlantique, l’harmonica devient l’instrument favori des Afro-Américains et accompagne les chants de travail dans les plantations. Mais trente ans après l’abolition de l’esclavage, il se cantonne encore aux champs de coton.
En route vers le rock’n’roll
Au XXe siècle, alors que les Noirs américains migrent vers les grandes villes comme Détroit ou Chicago, il continue de rythmer leurs mélodies et le blues devient électrique. Les musiciens blancs commencent à se l’approprier, à l’instar des chanteurs de folk, tels Janis Joplin ou Bob Dylan, de country, comme Neil Young, et bien sûr de rock’n’roll avec Bruce Springsteen. Universel, le petit instrument épouse aujourd’hui tous les styles, comme le prouve Greg Zlap, harmoniciste hors pair, qui a accompagné Johnny Hallyday au Stade de France ou Vladimir Cosma dans ses compositions originales pour le cinéma. C’est d’ailleurs un oncle qui, quand il était enfant, lui en avait rapporté un d’Amérique.
Le 2 avril prochain aux 26 Couleurs, à Saint-Fargeau-Ponthierry, Greg Zlap présentera son album, Rock it !, qui rassemble les mélodies de tous ceux qu’il a accompagnés ces dernières années.
Par Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)
* Une anche est une lamelle de roseau, métal, bois ou matière plastique qui entre en vibration sous le souffle humain ou mécanique, provoquant ainsi un son audible.
Cyrano de Bergerac
« C’est un roc ! c’est un pic… c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ?… c’est une péninsule ! » Avec son nez protubérant, ses traits disgracieux mais son admirable éloquence, Cyrano de Bergerac est un personnage de roman. Que ce soit à la Comédie française ou au cinéma, l’impétueux bretteur a été interprété par les plus grands, tels Jean Piat, Jacques Weber, Jean-Paul Belmondo ou Gérard Depardieu. Le succès de la pièce, qui fut jouée pour la première fois en 1897 à Paris, ne n’est jamais démentie depuis. Et dire qu’Edmond Rostand pensait qu’elle serait un nouvel échec.
A contre-courant
Comme le raconte Edmond d’Alexis Michalik, qui retrace la génèse de l’œuvre côté coulisses, rien ne prédisposait le dramaturge à passer à la postérité. Alors qu’il n’est qu’un auteur obscur, il parvient à intéresser le célèbre comédien Coquelin avec les grandes lignes de son nouveau projet littéraire, inspiré d’un écrivain du XVIIe siècle, Savinien de Cyrano de Bergerac (dont on ignore s’il avait un nez proéminent). Rostand imagine une pièce à contre-courant du théâtre de boulevard de Feydeau et des œuvres naturalistes d’Ibsen, pourtant très prisés à l’époque.
Contre toute attente, sa fresque romanesque, qui exalte la grandeur de l’âme humaine et la pureté des sentiments amoureux, est un triomphe. » Le théâtre de la Porte-Saint-Martin a retenti dans l’après-midi d’hier de clameurs d’enthousiasme comme il n’en avait probablement jamais entendu ! », peut-on lire dans Le Figaro au lendemain de la représentation.
Le chantre de la liberté
Dans le contexte sulfureux de l’affaire Dreyfus, la pièce a l’effet d’une rafraîchissante parenthèse. Cyrano, ce poète au destin tragique, devient le chantre de la liberté et trouve sa place aux côtés des grands héros de la littérature française que sont D’Artagnan (Les Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas) et Jean Valjean (Les Misérables, Victor Hugo). Depuis, Hercule Savignien de Cyrano de Bergerac est devenu ce personnage légendaire que tout comédien rêve d’interpréter.
Retrouvez « Dans la peau de Cyrano », le vendredi 15 avril à l’Espace Nino Ferrer de Dammarie-lès-Lys.
Par Thomas Leroy (TOUTécrit)
Votre compagnie Dyptik est née en 2012. Quels ont été les moteurs qui vous ont conduit à vous lancer ?
Avec Souhail Marchiche, qui l’a créée avec moi, nous dansons ensemble depuis la fin des années 90. Si nous puisons nos racines dans le hip hop, nous nous sommes rapidement tournés vers d’autres influences et des cultures différentes : la danse africaine, celles traditionnelles du Moyen-Orient mais aussi la danse contemporaine, qui permet une écriture centrée sur l’émotion plutôt que sur le seul mouvement. Aujourd’hui, nos créations tournent à l’international.
Dans l’Engrenage est le deuxième volet d’un travail sur la révolte des peuples. Comment sont nées l’idée et l’envie ?
Tout a commencé par un voyage au Maroc et en Algérie au moment des printemps arabes. Nous étions également présents lors de la guerre au Mali, en 2012. On a beaucoup discuté avec les gens que l’on rencontrait et on s’est rendu compte d’un même processus politique : un gouvernement met en place un système que les peuples subissent jusqu’à n’en plus pouvoir. Alors, ils se révoltent. On a d’abord réfléchi à une première création, D-construction. Ce spectacle prenait place dans la rue et le public était séparé en deux. Les danseurs, par leurs seuls mouvements, devaient les inciter à se lever pour se rejoindre. Ce travail, qui ne devait être qu’expérimental, fut un véritable succès. Nous avons donné plus de 200 représentations, notamment en Jordanie, en Palestine, en Corée ou au Maroc.
Quelles réponses apportez-vous ?
Une fois qu’un peuple se soulève, quel leader décide-t-il de suivre ? Voici la question que nous abordons ici. On parle de l’omniprésence de l’image et de la communication. L’engrenage est aussi celui de la course effrénée à laquelle chacun est soumis : travailler, produire pour pouvoir payer son loyer ou élever ses enfants, et avec un prix humain qui est toujours plus élevé. A-t-on le choix ou pas ? Notre spectacle n’apporte pas de réponse, mais invite à un questionnement. Évidemment, avec la crise actuelle, cette réflexion, qui interpelle chacun de nous, et pas seulement aujourd’hui, est d’une cruelle actualité.
Comment l’avez-vous restituée ?
Nous avons choisi une scénographie assez épurée qui laissent toute leur place aux sept danseurs. Leurs mouvements sont inspirés d’une danse traditionnelle du Moyen-Orient, le dabkeh, majoritairement pratiquée par les hommes, ce qui est assez rare. Les postures sont très fières, le torse est bombé, la tête haute. C’est une chorégraphie circulaire, avec beaucoup d’énergie qui passe de l’un à l’autre, et cela se termine parfois en transe. Ce langage corporel a nourri l’esthétique du spectacle.
Propos recueillis par Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit) en 2020.
Interview de Sonia Rem et Mehdi Ouachek
Quelle est l’histoire de votre compagnie de danse ?
Mehdi Ouachek : Avant de créer Art Move Concept, nous travaillions déjà ensemble, nous étions en couple. Après huit années, est née l’envie de créer ensemble. Nous nous sommes lancés à l’étranger. Les débuts ont été difficiles. Puis en 2012, nous avons participé à une émission télé qui nous a permis de nous faire connaître en France.
Soria Rem : S’en sont suivies des propositions de grosses productions, mais nous avons préféré fonder notre propre compagnie, en 2013. Aujourd’hui, avec les danseurs, l’équipe technique et administrative, elle comprend une vingtaine de personnes.
M.O. : Selon une expression que j’aime beaucoup, nous avons voulu « travailler dans notre propre château » plutôt que dans celui des autres. C’est ainsi que nous avons développé notre écriture personelle.
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Le Barbershop
Dans les échoppes des barbiers, afin de passer le temps en attendant leur tour, les messieurs avaient l’habitude de chanter à plusieurs, entonnant des mélodies populaires. Chacun y ajoutait sa touche personnelle, selon son timbre de voix et l’inspiration du moment. Improvisant sur le thème principal, ils créaient ainsi des pièces uniques et éphémères, pour le plus grand bonheur des clients et des passants. Ce style, qui venait de naître, connut son apogée à l’aube du XXe siècle, avec des quatuors Barbershop qui se produisaient dans des comédies musicales et des spectacles de music-hall.
Moustaches et costumes rayés
Ce portrait serait incomplet si l’on omettait de préciser que les quatuors Barbershop soignent particulièrement leur tenue vestimentaire (costumes rayés, moustaches ou chapeaux extravagants) et leur jeu de scène (mimiques comiques ou expressives). Historiquement, ce style a toujours privilégié les chansons populaires et les airs connus. C’est l’harmonisation, la tessiture des voix et le talent des interprètes qui peuvent transformer une banale ritournelle en un morceau d’anthologie. Et n’importe quel titre peut l’être, à l’instar du tube planétaire de Queen, Bohemian Rhapsody, qui a donné lieu à de multiples versions Barbershop, toutes plus virtuoses les unes que les autres.
Des compétitions prestigieuses
Passé l’âge d’or, le Barbershop a toujours perduré, la flamme étant entretenue par quelques nostalgiques particulièrement actifs aux États-Unis, au Canada, ainsi qu’en Europe. Les groupes sont aujourd’hui constitués d’excellents chanteurs, ayant fait le plus souvent leurs classes dans le classique. Des compétitions très courues sont régulièrement organisées par la prestigieuse Barbershop Harmony Society. Aux quatre coins du monde, on recense plus de 60 000 interprètes amateurs qui vivent cette passion, en enchantant nos yeux et nos oreilles, à l’instar du Barber Shop Quartet qui interprètera son nouveau spectacle Le Chapitre, le 4 février à 20h30 à l’Espace Nino Ferrer de Dammarie-lès-Lys.
Par Virginie Champion (Agence TOUTécrit)

La femme dans l’art
L’évolution de la représentation de la beauté féminine dans l’art pictural traduit le changement de statut de la femme au fil des siècles. Dans le processus créatif, celle-ci fut à l’origine naturellement assignée au rôle de modèle. Dans l’atelier, écrit Laure Adler dans son ouvrage Le Corps des femmes, « le peintre est créateur, la femme est là pour être regardée. » Mais il faudra attendre avant que les femmes se saisissent elles-mêmes du pinceau pour livrer leur vision du monde. Et plus encore avant qu’elles n’osent se représenter elles-mêmes.
Les tableaux et œuvres d’art que nous pouvons admirer aujourd’hui montrent des corps féminins très différents selon les époques. Ce n’est pas que la morphologie féminine ait spectaculairement évolué au cours du temps, mais plutôt une question de regard et de canon esthétique. Dans le domaine des arts visuels, un canon (du grec kanôn) désigne une règle de proportion des dimensions des membres permettant d’obtenir une beauté idéale en sculpture ou en peinture. Ce principe a été édicté par le sculpteur grec Polyclète au Ve siècle. Par extension, on désigne par canon de beauté les caractéristiques considérées comme constituant la beauté à une époque définie. Formelles, elles sont indissociables de la place accordée à la femme dans la société, dont la représentation picturale est le reflet.

Des représentations qui évoluent
Dans l’art préhistorique, la femme est toute en rondeurs ; son ventre, ses cuisses et ses seins sont magnifiés, presque surdimensionnés, car elle incarne la vie et la fécondité. Changement de décor dans la Grèce Antique, où l’on préfère les corps naturels, peu maquillés et très athlétiques. Le modèle à suivre est plutôt masculin : l’homme est d’ailleurs souvent représenté nu, ce qui n’est quasiment jamais le cas de la femme. Dans l’art byzantin, la femme n’est autre que la Vierge, avec un visage et un corps très codifiés.
La Renaissance impose un nouvel idéal de beauté puisque la femme est pulpeuse et sensuelle, avec un teint très pâle et de longs cheveux blond vénitien, comme en témoignent certains chefs-d’œuvre de Botticelli par exemple. Au XXe siècle, celle des Années folles a un look androgyne : mince, sans taille marquée ni poitrine opulente, elle est libérée et court vêtue. Après la guerre et ses privations, elle devient plantureuse et bronzée, telles les icônes américaines du pop art, mais la minceur redeviendra un standard quelques années plus tard.
Aujourd’hui, avoir des formes est à nouveau tendance pourvu que l’on soit bien dans son corps. Certaines campagnes publicitaires n’hésitent pas à mettre en scène des « Madame Toulemonde » auxquelles on peut facilement s’identifier. Ce qui n’empêche pas les mannequins professionnelles de soupeser le moindre gramme qu’elles ingurgitent…
Plongez dans ces métamorphoses féminines avec Les Secrets d’un gainage efficace, le 10 février à La Ferme des Jeux à Vaux-le-Pénil.