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Pierre Étaix, génie oublié

Publié le 18 Décembre 2019

Clown, cinéaste, dessinateur, acteur, dramaturge, décorateur de théâtre, cet ancien collaborateur de Jacques Tati a laissé derrière lui une œuvre à la poésie lunaire, longtemps restée dans l’ombre. A redécouvrir le 17 janvier à la Ferme des Jeux de Vaux-le-Pénil.

  • Portrait

    Un homme élégant et discret

    " Deux fois dans ma vie j’ai compris ce qu’était le génie : la première fois, en regardant la définition dans le dictionnaire, et la seconde fois, en rencontrant Pierre Étaix. " Ce bel hommage, signé de son ami Jerry Lewis, a sans doute dû faire rougir l’intéressé, que ses amis définissaient comme un homme élégant et discret.

    Né à Roanne (Loire) en 1928, Pierre Étaix découvre le cirque dès l’âge de cinq ans. Fasciné par le personnage du clown, il décide d’en faire son métier et apprend à jongler, à jouer du violon et du piano. Initié au dessin par un maître-verrier, il s’initie aussi aux arts plastiques et à la technique du vitrail. C’est comme illustrateur, à Paris, qu’il commencera sa vie professionnelle, tout en se produisant dans les cabarets et music-halls.

    Oscar du meilleur court-métrage en 1963

    En 1954, sa rencontre avec Jacques Tati marque un tournant. Ce dernier, en pleine préparation de Mon Oncle, l’engage comme dessinateur et gagman, puis comme assistant sur le tournage. " Je n’avais pas du tout l’intention de faire du cinéma, racontait-il alors. Tati avait regardé mon travail et m’avait dit que j’avais le sens de l’observation, donc du gag. Je me suis mis à chercher des idées comiques. C’est comme ça que tout a commencé. "

    Avec le scénariste et adaptateur Jean-Claude Carrière, cet artisan du cinéma signe d’abord Rupture en 1960, puis l’année suivante Heureux anniversaire, qui remporte l’Oscar du meilleur court-métrage en 1963. Dans la foulée, Pierre Étaix réalise son premier long-métrage, Le Soupirant, où il incarne un jeune homme rêveur qui, cherchant la femme idéale, va de désillusion en désillusion. Suivront Yoyo (1965), un vibrant hommage à l’univers du cirque, qui est considéré comme son chef-d’œuvre, puis Tant qu’on a la santé (1966), Le Grand amour (1969) et le documentaire Pays de Cocagne (1969).

    L’École nationale du Cirque, c’est lui !

    Délicieusement lunaires, au style parfois grinçant, ses films s’inscrivent dans la lignée des maîtres du cinéma muet, tels Buster Keaton, Charlie Chaplin ou Max Linder. Pierre Étaix a d’ailleurs été l’un des rares représentants en France du slapstick, ce burlesque aux gags visuels.

    " Ce qui m’a toujours attiré, c’est l’image et le son ", disait celui qui se définissait d’abord comme clown. Pour enrayer le désintérêt pour les arts de la piste, ce poète du quotidien avait d’ailleurs fondé en 1973, avec son épouse Annie Fratellini, l’École nationale du Cirque, qui a largement contribué au renouveau de cette discipline artistique. Toujours avec sa femme, il lui arrivait aussi de se produire en clown blanc dans les tournées de son propre cirque.

    " Artiste inclassable "

    Au cinéma, Pierre Étaix a joué dans Pickpocket de Robert Bresson, Max mon amour de Nagisa Oshima ou encore Le Havre, d’Aki Kaurismäki. Il est aussi l’auteur de la pièce de théâtre L’âge de monsieur est avancé (1985). " Tout est génial chez Pierre Étaix ! ", s’était exclamé l’écrivain Yann Moix au moment de son décès en 2016, tout en regrettant que l’homme avait été " un peu oublié ". Un manque de reconnaissance que beaucoup attribuent à un imbroglio juridique, qui a empêché l’exploitation des films du cinéaste durant une vingtaine d’années.

    L’ancienne ministre de la Culture Audrey Azoulay avait, quant à elle, salué la mémoire d’un " artiste inclassable ", ajoutant que " Pierre Étaix a écrit l’une des pages les plus belles, les plus originales et les plus poétiques de la culture française contemporaine. "

    Le 17 janvier à Vaux-le-Pénil, le ciné-concert Pierre Étaix et ses pairs propose un voyage dans le cinéma burlesque du XXe siècle. L’occasion de (re)découvrir cinq courts métrages de Charlie Chaplin, Buster Keaton et Pierre Étaix.

    Par Natacha Czerwinski (agence TOUTécrit)