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MOHAMED ROUABAH : " JE N’AIME PAS M’IMPOSER DE BARRIÈRES "

Publié le 12 Février 2020

Mohamed Rouabah est un chorégraphe et danseur reconnu - il a notamment travaillé avec le Cirque du Soleil et Jérôme Savary. Désormais à la tête de sa propre compagnie (Metamorphoz) et de son école de danse (MZ Dance Studio), ce passionné défend un art populaire et inventif. Il se produira le 29 février, à Saint-Fargeau-Ponthierry, dans sa création phare, Ballet 2 Rue.

  • Interview

    Comment avez-vous découvert l’univers de la danse et du hip-hop ?

    Enfant, j’ai commencé ma formation artistique par les arts martiaux (full-contact et kung-fu). Il y avait une MJC dans le quartier où j’habitais, au Chambon-Feugerolles (Loire), et j’y allais trois fois par semaine. Mais ce qui me plaisait avant tout dans cette discipline, c’était le côté esthétique, la dimension chorégraphique. Je pense que j’avais déjà une prédisposition pour la danse. Un jour, à l’âge de 15-16 ans, j’ai assisté à un spectacle de hip-hop et cela a été une révélation. J’ai vu les artistes évoluer sur scène et je me suis dit : c’est ce que je veux faire.
    Je me suis formé sur le tas, parce qu’à l’époque, il n’y avait pas de cours. Le hip-hop n’était pas du tout institutionnalisé. Alors, avec d’autres danseurs, on s’échangeait des cassettes vidéo, on s’apprenait des pas… Je me souviens qu’il m’arrivait de m’entraîner six heures d’affilée pour maîtriser complètement un mouvement.

    Votre connaissance des arts martiaux a été déterminante dans votre parcours de danseur, dites-vous. Pourquoi ?

    D’abord, parce que c’est une discipline qui suppose de préserver son corps pour durer. Je connaissais l’importance des échauffements, des étirements, du placement du dos, et cette rigueur m’a beaucoup servi.
    Qui plus est, quand j’ai démarré, il n’y avait pas beaucoup de danseurs hip-hop capables de jouer un rôle et d’aller au-delà du côté " démonstration ". Moi, grâce aux arts martiaux, j’avais la culture des katas, autrement dit des enchaînements chorégraphiques, et c’est quelque chose qui m’a permis de me démarquer. Je pouvais adapter ma danse à n’importe quel style de musique et c’est ce qu’appréciaient les chorégraphes avec lesquels j’ai travaillé. Je ne faisais pas forcément du hip-hop sur du hip-hop.

    Le mélange des genres et la diversité, c’est justement ce qui fait votre marque de fabrique...

    Oui, c’est d’ailleurs pour cela que j’ai appelé ma compagnie Metamorphoz. Je n’hésite pas à m’entourer de danseurs qui viennent de tous horizons (classique, jazz, swing…) et je m’oblige à changer d’univers à chaque spectacle. Pour créer, je me nourris de ce que je vois, je vais chercher l’inspiration aussi bien au cinéma que dans les mangas ou la littérature. Je n’aime pas m’imposer de barrières, d’autant que la force de la danse contemporaine, c’est que c’est une discipline libre, toujours en évolution. Le vrai pari artistique est de proposer un spectacle agréable à voir, avec du rythme, mais offrant plusieurs degrés de lecture.

     

    Avec Ballet 2 Rue, vous faites cohabiter musique classique et hip-hop. De quoi rassembler au-delà des générations et des a priori...

    En effet : le public qui apprécie la musique classique vient pour la bande-son et se rend compte que le hip-hop ne se résume pas au cliché des danseurs qui tournent sur la tête et sur un bout de carton ! Inversement, les plus jeunes sont attirés par le côté démonstration, mais réalisent que la musique symphonique peut être là où on ne l’attend pas. Le spectacle est aussi un regard sur l’être humain et les relations entre les hommes. Les danseurs portent d’ailleurs des masques blancs, qui sont un support vierge, et sur lesquels les spectateurs peuvent projeter leur ressenti, mais qui représentent aussi les masques que nous portons tous dans la vie...

    Vous savez, Ballet 2 Rue est né, littéralement, dans la rue. Et la rue, c’est dur : quand c’est mauvais, les gens ne s’arrêtent pas, si bien qu’on a tout de suite un indicateur. Aujourd’hui, nous en sommes à plus de 300 dates et le spectacle fonctionne uniquement par le bouche-à-oreille. J’aimerais que dans 20 ans, Ballet 2 Rue tourne toujours, car mon ambition est de faire des spectacles durables. Je pense qu’un bon show est comme une bonne chanson ou un bon film : on aime l’œuvre la première fois qu’on l’écoute ou qu’on la voit ; mais sa spécificité, c’est qu’elle se bonifie avec le temps...

    Avec Ballet 2 Rue, Mohamed Rouabah plonge les spectateurs dans un univers atypique où s’entremêlent avec poésie hip-hop et musique classique. À découvrir le 29 février à Saint-Fargeau-Ponthierry.

    Propos recueillis par Natacha Czerwinski (TOUTécrit).