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Le fado, entre politique et nostalgie

Publié le 22 Septembre 2020

Depuis plus de deux siècles, la puissance mélancolique de ce chant populaire résonne dans les tavernes de Lisbonne. Mais il a aussi accompagné, des années 20 jusqu’à la Révolution des Œillets en 1974, le régime autoritaire de Salazar.

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    Les origines

    Pour certains, les origines du fado remonteraient au début du XIXe siècle, ses rythmes évoquant les chants des esclaves brésiliens, à moins qu’ils ne proviennent de régions colonisées d’Afrique. Les Portugais, quant à eux, aiment à penser que cette musique puise son inspiration dans les refrains que les marins entonnaient en traversant l’Atlantique. Quelles que soient ses origines, ce chant deviendra partie intégrante de l’identité nationale.

    Mais comment cette expression populaire du mal de vivre, de la pauvreté et des sentiments poussés à l’extrême allait-elle s’accorder à un régime autoritaire ? Car en 1926, les militaires profitent de l’instabilité politique pour fomenter un coup d’État et installer une dictature durable.

    Surveillé...

    Alors président du Conseil des ministres (1932-1933), Salazar dispose des pleins pouvoirs et installe " L’Estado Novo " (" État nouveau "), qui abolit les libertés sociales et interdit toute critique politique.

    Rapidement, le gouvernement voit le fado d’un mauvais œil, ce souffle poétique et nostalgique, cette fameuse saudade, qui invite tout un peuple à s’interroger sur le sens de sa propre existence. On commence par interdire aux mineurs de rester dans les tavernes " plus que le temps d’un achat ", avant que les musiciens et les chanteurs ne soient dans l’obligation de s’identifier auprès des autorités et de soumettre à l’avance leurs textes à un comité de censure.

    ... et idéalisé

    Dans les années 30, le fado n’est donc plus ce chant d’amateurs se produisant dans les cafés, accompagnés de la guitarra, cette guitare acoustique à 12 cordes métalliques. Il devient un spectacle réservé à des lieux identifiés, " les maisons de fado ". Dans les années 50, ces institutions sont rebaptisées " maisons typiques " et sont vouées à montrer un tableau idéalisé d’une nation unie par la famille, le travail et l’Église catholique.

    Dix ans plus tard, Amalia Rodrigues devient la voix la plus célèbre de ce style musical, alors que commence à monter dans le pays un climat de défiance. L’interprète et actrice, surnommée la Reine du fado, finira par se ranger aux ordres du régime, se produisant aux pires heures des guerres coloniales.

    Au patrimoine de l’humanité

    La Révolution des Œillets, en 1974, achève la dictature. Et c’est une chanson qui symbolisera ce moment historique de prise de pouvoir par le peuple. Racontant la fraternité des habitants d’une ville, " Grândola, Vila Morena " sera reprise des années plus tard par Amalia Rodrigues. Entre temps, le pays avait pardonné à la chanteuse aux 170 disques ainsi qu’à d’autres artistes, de n’avoir pas élevé leurs voix contre le pouvoir de Salazar, malgré leur notoriété.

    Consécration ultime : en 2011, le fado est inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

    Le fado, ainsi que d’autres rythmes portugais et d’Amérique du Sud, ont inspiré le Mascara Quartet, composé de quatre musiciens venus de... Pologne. C’est donc à une soirée très internationale que vous convie l’Espace Saint-Jean de Melun, le 10 octobre prochain.

    Claire Teysserre-Orion (agence TOUTécrit)