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Matthieu Dortomb
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Marion Motin, chorégraphe et danseuse de la compagnie Swaggers

Publié le 31 Janvier 2019

L’artiste et son collectif se produisent à Melun avec "In the middle". Elle se confie sur ses passions et ses inspirations multiples.

  • Pourquoi avoir appelé la Compagnie Swaggers ?

    C’est le surnom que des Philippins m’avaient donné quand je travaillais avec eux, il y a longtemps. Cela m’a plu et j’y ai pensé pour le crew (l’équipe – ndlr) que j’ai formé en 2009. Pour nous, avoir du swag, c’est avoir du style quand on danse.


    Vous n’êtes que des filles dans ce groupe...

    Il y avait peu de crews féminins à l’époque et j’avais envie d’être avec des femmes. C’était important d’installer mon “girl power”, d’avoir ma propre meute. Nous sommes onze dans la troupe et sept sur scène. Je viens du hip hop et j’étais tout le temps avec des mecs. J’en avais un peu marre de la testostérone ! Dans le show, nous disons que les femmes sont traversées par douze millions d’émotions à la seconde. Mais je ne conçois pas seulement pour elles…


    Et ce titre, "In the middle" ?

    Être “au milieu” dans mon travail, c’est trouver ma ligne médiane, ma cohérence intérieure. Danser, c’est être équilibrée, en harmonie avec ce qu’il y a autour.


    Racontez-nous la genèse de votre spectacl...

    Il a été créé en 2013 mais il a beaucoup évolué. De trente minutes au début, il dure désormais 1h10. Il s’agit d’une succession de tableaux, comme on traverserait différentes émotions en une journée. C’est un voyage initiatique. J’ai beaucoup travaillé sur la lumière, inspirée par les peintres Mark Rothko ou Nicolas de Staël et les phares de voiture en Normandie où j’habite. Je fais délibérément passer beaucoup d’infos. Ce spectacle répond à une envie de liberté et un besoin de créer, sans entrave. Comme je le veux. “In the middle”a été fabriqué instinctivement, de façon libératrice : on a envie de faire ça, on le fait.


    Quelles ont été vos inspirations ?

    J’ai voulu faire un western des temps modernes. Nous portons des chapeaux, marchons au ralenti... J’ai pensé aux films Kill Bill de Quentin Tarantino ou Il était fois dans l’Ouest de Sergio Leone. Mais aussi à la poésie de Tim Burton. Dans le hip hop, on passe notre temps à se mesurer à d’autres dans des battles, un peu comme dans les duels des westerns.


    Qualifieriez-vous votre travail de hip hop ?

    C’est vrai que je viens de là, comme je l’ai dit, mais je fais d’abord de la danse. Je veux créer ma propre écriture visuelle.


    La musique semble jouer un rôle primordial...

    Nous commençons avec The End des Doors puis enchaînons avec les Pixies, Lhasa, Camille, Disiz la Peste, Stromae...


    Et votre idole, Michael Jackson ?

    Les carrés de lumière multicolores d’"In the middle" sont un clin d’œil au clip de Billie Jean. Petite, je n’écoutais que Jackson ! J’aimais tout chez lui, notamment ses clips et ses concerts très cinématographiques. La silhouette sombre, la lumière dans The Way you make me feel… c’est parfait.


    Comment avez-vous débuté ?  

    J’ai d’abord étudié la danse classique au Conservatoire du IIe arrondissement de Paris. Puis j’ai rencontré le hip hop en 1996, à 15 ans. Avec mes amis, nous allions au Forum des Halles, place Carrée. On s’entraînait en regardant les autres, on y trouvait un mélange tonifiant. On a commencé à se produire dans la rue et les centres commerciaux.


    Vous devenez ensuite danseuse professionnelle...

    Oui, j’ai appartenu à plusieurs compagnies. J’ai travaillé avec Angelin Preljocaj et Blanca Li. J’ai également accompagné, sur scène et dans leurs clips, des artistes comme M. Pokora, Shy’m, Jamiroquai, Robbie Williams ou Madonna. Avec elle, j’ai découvert le sens du mot "rigueur". Des chorégraphies au maquillage en passant par le stylisme, Madonna gère tout. Moi aussi, je veux tout englober.


    Pourquoi chorégraphier pour les autres ?

    Cela date de ma rencontre avec Stromae. En 2013, j’ai créé les danses de sa tournée Racine carrée. Après, il y a eu Chaleur humaine avec Christine and the Queens et Résiste avec France Gall. Je viens aussi de chorégraphier le Fashion Freak Show de Jean-Paul Gaultier. Tous ces professionnels m’ont beaucoup appris. Leurs univers, leurs façons de penser et d’appréhender leur métier me nourrissent.

    Propos recueillis par Benoît Franquebalme