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LE BOLÉRO : 90 ANS DE MYSTÈRES

Publié le 1 Avril 2019

Ode à la mort, exaltation de nos passions charnelles, évocation politique : si l’œuvre de Ravel a donné lieu à nombre d’interprétations depuis sa création en 1928, elle reste encore aujourd’hui une énigme.

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    Le Boléro de Ravel

    " Le Boléro dure environ seize minutes, il paraît qu’il y en a un qui démarre tous les quarts d’heure. Ce qui fait que nous baignons, sur la planète, dans un Boléro perpétuel ", calcule Marcel Marnat, grand spécialiste de Maurice Ravel. Mais quelle est donc la genèse de ce chef-d’œuvre lancinant ? Son thème envoûtant et sa construction expérimentale donnèrent lieu à toute sorte d’hypothèses. Certains y ont vu une danse macabre. Œuvre inquiétante et tourmentée, sa progression mécanique serait irrésistiblement vouée à un effondrement final, tout comme l’homme qui, dès son premier jour, est destiné à la mort. L’écrivain Jean Echenoz, qui a consacré un roman aux dix dernières années du compositeur, semble adhérer à cette théorie. Il décrit le Boléro comme " une chose qui s’autodétruit, une partition sans musique, une fabrique orchestrale sans objet, un suicide dont l’arme est le seul élargissement du son ". Cette attirance inéluctable pour la mort pourrait-elle expliquer la fascination mondiale pour ce morceau ?

    La théorie " musico-sexuelle "

    Selon une étude commandée par le site d’écoute en ligne Spotify, le Boléro serait la troisième pièce musicale la plus écoutée pendant les rapports intimes. Maurice Ravel trouvait d’ailleurs à son œuvre une dimension " musico-sexuelle ". De cette partition répétitive et obsédante émane bel et bien un parfum de subversion. Les chorégraphes qui s’en sont emparés, ont abondé en ce sens : de Bronislava Nijinska, la première à se saisir du ballet, jusqu’au célèbre Maurice Béjart qui sut accorder puissance masculine et extrême féminité. Au cinéma aussi, le Boléro est très souvent convoqué pour suggérer l’érotisme. Ainsi, dans Cashback, un film britannique de 2006, le personnage principal travaille dans un supermarché, où il s’ennuie à mourir. La nuit, le lent crescendo accompagne ses rêveries de clientes à moitié nues.

    Répétition inlassable et terrifiante

    À moins que l’impulsion fondamentale du compositeur ne soit ailleurs. Comme on l’interrogeait sur les fondements du ballet, celui-ci répondit de façon inattendue qu’il situait l’action dans une usine et qu’il aurait aimé le jouer, ne serait-ce qu’une fois, " avec un vaste ensemble industriel en arrière-plan ". Et d’ajouter : " Mon inspiration vient souvent des machines. J’aime voir de grandes installations au travail : cela a quelque chose de prenant et de grandiose. C’est une usine qui a inspiré le Boléro. " Faut-il y voir la marque de l’estime que Ravel portait à Léon Blum et aux combats du Front Populaire pour la classe ouvrière ? Encore un mystère...

    Quelle que soit l’interprétation que vous en ferez, laissez-vous envoûter par ce Boléro, dans une version chorégraphiée par François Mauduit et interprétée par de prestigieux danseurs, samedi 13 avril, à L’Escale, à Melun.

    Claire Teysserre-Orion (TOUTécrit)