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Eric_Laforgue
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ENRIQUE MAZZOLA, directeur musical et chef principal de l’Orchestre national d’Île-de-France (Ondif)

Publié le 26 Avril 2019

Le maestro  Enrique Mazzola se produit le 12 mai 2019 au Mée-sur-Seine avec " Dolce Vita, couleurs et lumières de Rome ". L’occasion de nous arrêter avec lui sur les grandes étapes de son parcours.

  • Interview

    La musique a-t-elle toujours fait partie de votre vie ?

    Oui. Je n’irais pas jusqu’à parler de prédestination mais il me semble que mon destin était déjà tracé. Ma mère est espagnole et mon père originaire de Ferrare en Emilie-Romagne. Il était pianiste à la Scala de Milan. Je suis né à Barcelone et j’ai grandi à Milan. J’y ai étudié le violon dès 7 ans au conservatoire Guiseppe Verdi, puis le piano. À 13 ans, j’écrivais mes premières compositions et à 18, je dirigeais mes premiers orchestres.

    Chez les Mazzola, c’est une histoire de famille...

    Un peu ! J’ai réussi à retracer notre histoire en remontant jusqu’en 1840. Mon grand-père pratiquait le hautbois et mon arrière-grand-père était contrebassiste à la Scala. Il n’y pas de fatalité. Mes parents souhaitaient que leurs enfants étudient la musique, sans forcément que cela devienne un métier. D’ailleurs, mon frère et ma sœur ont choisi une autre orientation.

    Pourquoi avoir quitté l’Italie ?

    Ma crise d’adolescence passée, je me suis lancé sérieusement dans la direction musicale. J’ai beaucoup travaillé pour les orchestres symphoniques de la RAI, à Naples, Rome, Milan et Turin. Mais les trois premiers ont fermé. Mettre fin à un tel ensemble est toujours une erreur, car on perd du tissu social. J’éprouvais l’envie urgente de sortir de mon pays. Quand on me demandait pourquoi, je répondais : " Au-delà des Alpes, il y a le monde !"

    Comment la trame de votre parcours français s’est-elle nouée ?

    Vers 2001, j’ai fait mes débuts comme chef aux opéras de Bordeaux et Montpellier. Puis tout s’est enchaîné très vite. En 2006, j’ai dirigé pour la première fois l’Orchestre national d’Île-de-France (Ondif) dans le cadre d’un festival organisé par Radio France. Notre collaboration n’a jamais cessé et, en 2012, j’ai été nommé directeur musical et chef principal. J’ai été naturalisé en 2018. Pourtant, je parle toujours aussi mal français (rires) !

    Qu’est-ce qui caractérise l’Orchestre National d’Ile-de-France ?

    J’ai dirigé dans le monde entier et je peux vous dire que c’est une des formations les plus attentives à la dimension éducative. Nous nous produisons souvent devant un public très jeune et j’en suis fier. La particularité de nos 95 solistes permanents, c’est de jouer partout et de façon différente chaque soir. Nous donnons chaque saison une centaine de concerts en Île-de-France. Le public français est généreux et chaud. Or, nous, les musiciens, sommes très sensibles à sa réaction.

    Techniquement, comment passe-t-on de la Philharmonie au Mas du Mée-sur-Seine ?

    J’ai l’habitude de changer de salle. La semaine dernière, j’étais au Metropolitain Opera de New York. Dans les petites jauges, il est nécessaire de beaucoup travailler sur la balance pour s’adapter. Le début du concert est primordial : entre musiciens, on construit la dimension sonore du moment en se regardant très attentivement pendant les cinq premières minutes.

    Que nous réserve “Dolce Vita, couleurs et lumières de Rome” ?

    Il s’agit d’un hommage à l’Italie avec une Rome imaginaire et poétique. Belle et chaotique. Alexandre Gavrylyuk sera au piano et nous jouerons le Preludio sinfonico de Puccini, la rhapsodie de Rachmaninov sur un thème de Paganini ainsi que Les Fontaines et Les Pins de Rome d’Ottorino Respighi. Mon second mandat à la tête de l’Ondif s’achève en juin et c’est une façon pour moi de lui dire au revoir.

    S’il fallait ne retenir qu’un moment fort de vos deux mandats, lequel serait-il ?

    Ma collaboration avec Jeff Mills en 2014 n’est pas le moment le plus fort mais un des plus étonnants. Le concert, donné à la salle Pleyel, était codirigé avec ce DJ sur une base écrite par lui. Il improvisait des boucles d’une complexité énorme en superposant jusqu’à sept couches rythmiques différentes. Avec mon équipe, nous étions obligés d’avoir un métronome assurant le tempo dans les oreilles pour être ensemble.

    Vous aimez ce mélange des genres…

    Je ne vois pas pourquoi un musicien classique n’apprécierait pas la pop, le jazz, le rock ou le hip hop. Je n’ai pas de problème de frontières. J’apprécie des interprètes comme Norah Jones ou des groupes tels que Dire Straits. J’invite d’ailleurs les jeunes à développer leur sens critique en décortiquant ce qu’ils écoutent. Il faut “manger” de tout.

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