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Amélie Saadia et Wessel Oostrum, quel chantier !

Publié le 3 Septembre 2018

Pour lancer sa saison culturelle, Saint Fargeau-Ponthierry accueille une enfant du pays : Amélie Saadia. Mezzo-soprano et pianiste, elle se produira le samedi 15 septembre avec le danseur et vidéaste hollandais Wessel Oostrum, dans "Baustelle" (Chantier), une réflexion sur le processus de construction.

  • Pourquoi cette création en duo ?

    Amélie Saadia : Wessel et moi sommes en couple depuis quatre ans. Cette collaboration n’est donc pas totalement le fait du hasard ! Mais jusqu’à présent, nous n’avions pas vraiment eu la possibilité de travailler ensemble, si ce n’est l’an dernier dans mon programme sur Barbara, dont Wessel avait réalisé toutes les vidéos.Baustelle” nous permet de mélanger nos deux univers et nos arts respectifs.

    Wessel Oostrum : Cette coopération nous a permis denous impliquer dans tout le processus de création, qu’il s’agisse des musiques, des chorégraphies, des vidéos et des décors. Nous avons ainsi eu la maîtrise de tous les éléments du spectacle. Mais ce fut aussi un challenge, car faire en sorte que les enchaînements entre les différentes disciplines soient naturels demande du temps.

    Amélie Saadia : Cela fait plus de quatre mois que nous nous levons et nous couchons avec ce "bébé" ! Notre défi, c’était que tout s’imbrique parfaitement, pour que les moments de danse, de vidéo ou de chant créent un véritable univers cohérent et homogène. Ce travail nous a appris à être plus flexibles, à sortir de notre zone de confort. Il a aussi enrichi nos propres pratiques. Pour la première fois, j’ai ainsi composé de la musique électronique.

    Comment est né "Baustelle" ?

    Wessel Oostrum : Très concrètement, lorsque nous avons voulu changer de cuisine, nous avons rencontré quelques problèmes. Si bien qu’il a fallu se débrouiller pendant plus d’un mois avec les moyens du bord ! Cela nous a fait réfléchir à la nature du processus de construction qui est, en tant que tel, une obstruction à la fluidité du quotidien. Bien sûr, à terme, l’objectif est d’obtenir quelque chose de beau, mais cela requiert aussi de bouleverser ce qui existe.

    Amélie Saadia : Il y a derrière ce mot allemand de Baustelle, qui signifie " chantier ", une double idée : celle de détruire et celle de reconstruire. La vie, c’est toujours un peu ça : on veut concrétiser ses rêves mais le chemin pour y parvenir est truffé d’embûches.

    Votre parti-pris dans le spectacle a été d’établir un parallèle entre la construction physique d’un bâtiment et celle, mentale et personnelle, d’un individu...

    Amélie Saadia : Oui. À partir d’une esquisse de plan d’architecte dessiné sur scène, nous montons en hauteur, carton après carton. La danse, la musique et la vidéo accompagnent ce processus. On commence donc par les fondations, qui peuvent être aussi celles de chacun d’entre nous. Quand on a une idée, on fait des plans sur la comète, on veut que ça soit beau et grand. Mais cela ne se passe pas toujours comme prévu, on peut faire des erreurs, voire blesser des gens. De la même façon, on érige aujourd’hui de très beaux bâtiments, à Dubaï ou ailleurs, mais leur construction exige tellement de béton qu’on peut se demander s’il reste encore du sable dans la mer... "Baustelle" donne à voir cette dualité entre la volonté de prendre de l’ampleur et l’idée que cela se fait parfois au détriment d’autrui ou de l’environnement.

    Wessel Oostrum : Quand vous regardez autour de vous, il y a toujours de nouveaux bâtiments qui sortent de terre. On a l’impression que la course à l’amélioration et à la perfection ne cessera jamais. Les Hommes sont pareils. J’espère qu’avec ce spectacle, qui est conçu sous la forme d’une succession d’images, les spectateurs ouvriront les yeux et apprendront à être davantage dans l’instant présent. En d’autres termes, qu’ils savoureront le panorama que leur offre le sommet de la montagne qu’ils viennent de gravir, sans déjà penser à escalader la prochaine.

     

    Propos recueillis par Natacha Czerwinski (TOUTécrit)